mercredi 27 juin 2012

Le concert

Chose promise, chose due, voici le dernier épisode du cycle Gegege no Ge.

Ainsi donc, il y a maintenant quelques semaines, je suis finalement allé au concert de l'école de batterie :
Le titre est "DORAMUSUKUURUKONSAATO", soit "Drum School Concert"

En fait je suis arrivé en retard parce que je suis d'abord rentré chez moi, puis je devais aller les rejoindre dans la distillerie de saké où le concert avait lieu (Saijo est très réputé pour ses nombreuses distilleries de saké donc tous les événements ont lieu là-bas). Sauf que comme j'étais crevé (à cause de la nuit chez Eiji relatée précédemment) je me suis endormi et ne me suis réveillé qu'après le début du concert.
Évidemment, en y allant, je me suis perdu dans les rues de Saijo (moi si ce n'est pas la rue principale qui va à la gare, je ne connais pas) mais grâce aux merveilles technologiques que sont les téléphones d'aujourd'hui on ne peut plus être vraiment perdu (même à l'autre bout du monde, dans un pays où l'on n'arrive même pas à lire les noms des rues). Du coup, en me repérant au GPS qui m'a fait passer par des petits chemins tellement perdus que j'ai probablement dû traverser quelques jardins de propriétés privées, j'ai fini par arriver. L'avantage quand on va voir un concert de batterie c'est que quand on commence à s'approcher du but la fin est facile parce qu'on peut se guider à l'oreille.

Comme le nom l'indique (une fois qu'on a déchiffré les kanas, et retranscrit le tout en anglais), c'était un petit concert de démonstration d'élèves d'une école de batterie de quartier (à Saijo, tout est "de quartier" parce que même la ville elle-même a la taille d'un quartier). Donc le public (environ 60 personnes tout de même) n'était composé que de famille ou amis proches des élèves ou organisateurs... et moi.

Comme d'habitude, je n'avais rien à faire là mais tout le monde semblait très content que je sois venu. J'étais bien entendu le seul non-japonais, mais pour plusieurs des enfants présents j'étais même le premier non-japonais qu'ils rencontraient donc ils étaient très curieux et demandaient à leurs parents de les accompagner pour venir me parler ("dis maman, qu'est-ce que ça mange un français ?"). C'était super marrant (et mignon) parce que les enfants essayaient de me dire des trucs tout simples, et demandaient à leurs parents comment dire telle ou telle chose en anglais. Ça ne dépassait pas "hello, my name is ..." mais c'était vraiment adorable). Moi j'essayais de leur dire des choses simples en japonais et ça les faisait bien rire.

Le concert proprement dit était assez sympa parce que les chansons étaient très variées. Ça allait de groupes américains ou anglais comme Aerosmith ou les Rolling Stones à de la pop japonaises comme une chanson du groupe AKB48 (un girls band composé de 48 filles qui chantent sur des chorégraphies absurdement ridicules en bikini, ici interprété par seulement 10 filles qui n'étaient même pas en bikini mais qui avaient l'air de bien s'amuser), en passant par des choses plus expérimentales comme de la musique traditionnelle redynamisée à la batterie ou la fameuse chanson en français de Clémentine.

Comme j'étais en retard, j'ai raté les deux chansons auxquelles Tamayo participait qui étaient tout au début, mais je suis tout de même arrivé avant Gegege no Ge :

Le son n'est pas terrible sur la video donc on n'entend pas vraiment les paroles en français, mais ce sont plus ou moins (aux détails de prononciation près) les mêmes paroles que la vidéo du message précédent.

Évidemment, à la fin de la chanson, l'animatrice du concert m'a demandé mon avis (pour une fois c'était assez normal de me demander, même si elle parlait beaucoup trop vite pour que je comprenne vraiment ce qu'elle me disait). J'ai balbutié quelque chose indiquant que c'était très bien, et tout le monde était très content.


Après le concert proprement dit, il y avait un repas avec des animations. En particulier, il y a une une séance de "quizz". Je n'ai presque rien compris parce que non seulement, bien évidemment, les questions étaient en japonais mais surtout ce n'étaient pas de simples questions de culture générale mais des devinettes reposant en général sur un jeu de mots ou une double interprétation de kanjis (donc même quand quelqu'un donnait la bonne solution, tout le reste de la salle se mettait à discuter pour comprendre pourquoi c'était la bonne réponse). Moi je n'ai pas vraiment cherché à comprendre, mais c'était adorable parce que tout le quizz était animé par une petite fille d'environ 4-5 ans hyper dynamique qui avait l'air de beaucoup s'amuser.

Cela dit le principe était étrange parce que, si j'ai bien compris (ce qui n'est peut-être pas du tout le cas), la personne qui répondait correctement devait aller sur scène et recevait un gage, qui consistait la plupart du temps à devoir imiter quelque chose. Les différentes choses à imiter étaient très diverses puisqu'il y a eu par exemple un cycliste (facile), une girafe (moins facile) et même une bouteille de bière (là c'est carrément difficile). Quoi qu'il en soit, le fait de motiver les gens à répondre au quizz en les forçant à imiter un truc impossible si ils trouvent la bonne réponse ne me semble pas naturel.
Après épuisement des questions du quizz (ou quand ça avait duré assez longtemps), il restait encore plein de gages à piocher donc la petite présentatrice est passée à travers la salle en distribuant les gages restant à tout le monde. J'ai dû imiter un alpaga (ou plus exactement un "ARUPAKA" comme disait mon carton), ça n'a pas été un grand succès mais je n'ai pas forcément été plus ridicule que les autres.

lundi 18 juin 2012

Je suis dans le journal !

Juste une petite note pour signaler que je suis maintenant une star au Japon puisque j'apparais sur le site web de la ville d'Higashi-Hiroshima (attention, pas la vraie ville d'Hiroshima, le petit bled à l'est) !

Les photos sont pourries (je ne savais pas que, depuis la fin des années 90, des sites webs mettaient encore des photos aussi petites, non-zoomables) mais c'est bien moi sur la photo en bas à gauche du groupe de 4 (en résolution de 200x133 pixels, soit environ deux fois moins de pixels qu'un écran de Doom et à peine 1.4 fois plus que sur un écran de Game Boy) :
Samedi, on est allé dans une brasserie de saké (sakagura) à Saijo, voir un tout petit concert d'automates à mi-chemin entre la boîte à musique et l'orgue de barbarie (c'est nettement plus gros que ce qu'on considère comme une boîte à musique, et ça lit les morceaux sur un ruban de papier perforé, mais le son est produit par des petites lames de métal et non pas un souffle dans des tuyaux). Ici ils appellent ça un "Orugooru", du néerlandais "Orgel" et le terme couvre toutes les tailles et formes de boîtes à musique (donc un son produit par des lames de métal).

La plupart des mélodies étaient jouées sur l'instrument principal construit dans un tonneau à saké :
(cette photo est prise avec mon téléphone, elle est moche, prise à la va-vite avec des mauvais réglages, mais elle est finalement bien meilleure que celles de l'équipe de journalistes avec leurs appareils professionnels qui étaient là et qui ont uploadé des images en format timbre-poste sur le site)

On peut passer deux partitions à la fois, contrôlées chacune par une manivelle indépendante. Du coup c'est l'horreur à synchroniser. Comme j'étais le seul occidental dans l'assistance (et qu'ils m'avaient fortement incité à m'asseoir au premier rang), ils nous ont demandé de faire une démonstration (forcément puisque, rappelez-vous, mon expérience est toujours plus intéressante que celle des autres), d'où la photo sur la page web. Au fond, heureusement que la photo est très mauvaise parce qu'on est super crispé, occupé d'une part à essayer de déterminer le rythme auquel on est censé passer le morceau mais surtout à surveiller l'autre pour voir si on va à la même vitesse (et à comparer l'avancement du rouleau de papier pour essayer au moins de finir en même temps). Je crois que ce n'était pas super réussi, mais je n'en sais pas grand chose parce que je n'ai pas beaucoup écouté la mélodie pendant que j'activais ma manivelle.

Les autres morceaux étaient joués par le propriétaire de l'instrument (sur la photo précédente) et une compositrice qui avait écrit une partie des pistes qui l'aidait quand il fallait deux personnes. Dans l'ensemble je ne connaissais pas les morceaux puisqu'une partie était inventée pour l'occasion et l'autre partie était piochée dans le folklore japonais (de la pop, de l'enka, et un morceau de Joe Hisaishi dans la bande-son du Voyage de Chihiro, le seul que j'aie reconnu).

Il y avait une vielle dame assise à côté de moi qui a été monstrueusement enthousiaste pendant tout le concert. Elle applaudissait à elle toute seule plus fort que tout le reste de l'assistance (on n'était qu'une trentaine cela dit) et faisait des montagnes de commentaires à la fin de chaque morceau en faisant une analyse d'artiste sous l'emprise de substances hallucinogènes (quand le titre de morceau se rapportait à des arbres, elle disait que chaque note rappelait le son d'une plante qui pousse, ou la couleur des feuilles qui jaunissent, enfin, ce genre de choses à chaque fois).

Dans l'ensemble c'était amusant mais rien de bien fantastique. Mais comme ils m'ont collé sur le site web de la ville, il fallait bien que j'en parle.

Edit : Apparemment c'est aussi passé en video sur les infos locales. Je suis surpris de découvrir qu'il y a des gens qui regardent les infos locales de Saijo, surtout quand ça parle d'un minuscule concert de boîtes à musiques, mais il y a des gens à l'université qui nous ont reconnu...

samedi 9 juin 2012

Dude, where's my kuruma?

Ainsi, je suis allé chez un ami de Tamayo samedi dernier. Finalement, ce n'était pas l'amie de la chanson, et c'était un garçon (qui s'appelle Eiji). Évidemment, nous ne nous connaissions pas du tout, mais il a été exceptionnellement accueillant, même pour des standards japonais.

Il avait préparé plein de cuisine japonaise, et comme d'habitude voulait connaître mon opinion sur chaque plat (je me sens comme Hansel et Gretel parfois, je me demande si ils envisagent de me dévorer avant mon départ).
Il y avait aussi plein de boissons : de très bons sakés (je le crois sur parole parce que moi je n'aime toujours pas ça), des vins un peu plus douteux (je ne m'y connais pas autant que ce qu'ils attendent d'un français, mais assez pour savoir que le vin rouge chinois que j'ai bu n'était pas bon du tout) et du très bon umeshu artisanal fait par la mère de Tama (d'ailleurs il faut que je pense à en préparer en rentrant en France).

À chaque fois qu'Eiji découvrait que je connaissais quelque chose de la culture japonaise, il se précipitait pour me serrer la main et me remercier constamment de l'intérêt que je porte au pays (y compris pour des choses qui ne cassent pas des briques, comme par exemple utiliser des baguettes). Du coup évidemment quand j'ai fait le malin en parlant d'une chanson d'enka (un type de chanson japonaise qui est à mi-chemin entre de la variété et de la musique traditionnelle, comme par exemple la chanson The Flower of Carnage sur la bande son de Kill Bill Vol. 1 pour ceux qui la connaissent) et que j'en ai chanté le refrain (j'aime vraiment bien la chanson, et je l'avais beaucoup écoutée il y a quelques semaines, assez pour finir par en apprendre quelques paroles) il est carrément tombé à genoux et m'a remercié comme si j'avais sauvé son enfant de la noyade.
Ensuite, il s'est précipité au premier étage et m'a rapporté une pile d'une bonne dizaine de DVD sur la culture japonaise. Malheureusement c'est tout en japonais, et donc ça doit être assez spécialisé puisque ça s'adresse aux japonais (je pense que ça présente des particularités culturelles des différentes régions dans un peu tous les domaines). J'ai fini par lui dire que je comprendrais probablement pas grand chose donc j'ai réussi à m'en sortir avec seulement 2 DVD à emporter ("Ah... c'est le quart de ça qu'il faut transporter ?"). En fait au final en repartant le lendemain j'ai oublié les DVD, mais je suis retourné chez lui depuis et j'en ai quand même pris un que je n'ai pas encore regardé.
La soirée a continué comme ça pendant un moment (Eiji passant la plupart du temps à genoux presque en pleurs à me remercier pour tout ce que je faisais) et puis ils ont décidé d'appeler un autre ami. Un français qu'ils surnomment "Dada" (ils ne savaient pas pourquoi, mais c'est simplement parce que son prénom est Damien) en post-doc à l'université depuis deux ou trois ans.
Là ça a pris un tournant assez surréaliste.

Eiji habite près de la gare de Saijo (Saijo étant le petit bled où se trouve l'université d'Hiroshima qui n'est pas du tout à Hiroshima même) donc on est allé chercher Dada et sa copine Gan (une japonaise, qui d'ailleurs ne voulait pas venir au début, mais Tama lui a dit qu'elle pourrait me voir et que j'étais français, sur quoi Gan a demandé si j'étais un garçon ou une fille, et quand elle a appris que j'étais un garçon a dit qu'elle arrivait tout de suite). Ils étaient déjà bien avancés en termes d'alcoolémie quand on les a récupérés à la gare. Le plus marrant c'est que dans le train, ils avaient rencontré (d'après leurs dires qui n'étaient pas toujours super compréhensibles, d'autant que pour être tout à fait franc je n'étais pas parfaitement clair non plus) un type qu'ils avaient décidé de ramener aussi chez Eiji.

Le gars en question avait l'air très sympa. Il s'appelait "Angel" ou quelque chose comme ça. J'ai cru qu'il était japonais (en tout cas il parlait très bien japonais et anglais) mais j'ai appris plusieurs jours plus tard en en reparlant avec Eiji qu'il était Taiwanais. Quoi qu'il en soit, il avait l'air moins cuit que les deux autres, mais il était très content de venir se joindre à nous, dans une soirée de gens bourrés qu'il ne connaissait pas du tout (il connaissait Dada et Gan depuis 15 minutes, recontrés dans un wagon de train alors qu'ils étaient saouls) dans une maison quelque part derrière la gare. Mais apparemment ça au Japon ça ne gêne personne.

C'était assez bizarre parce que du coup, pendant le reste de la soirée, il était là avec nous mais il ne disait pas grand chose. C'était un peu comme s'il était venu voir un spectacle (mais le genre de spectacle où l'on rentre sans savoir de quoi ça parle). Le lendemain, je me suis même demandé s'il avait vraiment existé (d'autant que Tama avait complètement oublié qu'il avait été là).

Pendant ce temps, Dada (qui est assez spécial quand il est bourré, et je ne l'ai rencontré que comme ça) essayait de faire du judo avec un peu tout le monde, s'asseyait sur les toilettes entièrement nu avec la porte grande ouverte (ça a marqué les gens présents à tel point que par la suite ils m'ont demandé si c'était courant comme façon de faire en France, tout au moins quand on avait un peu trop bu) et proposait aux filles de faire des trucs assez louches (dont l'une était sa copine mais n'avait tout de même pas l'air si emballée que ça), dans un japonais un peu primitif mais suffisant pour exprimer ce qu'il avait à dire.

Voilà, après je ne peux pas vraiment raconter en détails tout ce qui s'est passé, d'une part parce que je ne me souviens pas de tout (et qu'il y a des choses dont je me souviens mais dont j'ai du mal à me convaincre qu'elles aient vraiment eu lieu) et d'autre part parce que ce ne serait pas toujours décent. Quoi qu'il en soit, tout s'est bien terminé.

Le lendemain matin Dada, Gan et Angel avaient disparu (dans le cas d'Angel, il reste un léger doute sur le fait qu'il ait véritablement été là, et son prénom ne fait qu'ajouter du doute). Eiji m'a encore remercié longuement d'être venu (ben oui, parce qu'ici non seulement ils sont super accueillants mais en plus c'est comme si c'était nous qui leur rendions un immense service en venant manger, boire et mettre le bazar chez eux). Et je suis reparti avec le sentiment d'avoir passé une soirée dans une de ces comédies américaines un peu surréalistes (genre The HangoverDude, Where's my Car? ou Harold and Kumar go to Whitecastle).

L'après-midi, je suis allé au concert de l'école de batterie... mais ceci est une autre histoire.

vendredi 1 juin 2012

Gué gué gué no gué

Je n'ai pas été très bavard ces derniers temps (en gros j'ai zappé tout le mois de mai), mais comme je suis rentré deux semaines en France je n'avais pas grand chose de spécial à raconter.
Je suis maintenant de retour, et à peine arrivé, paf, il m'arrive plein de choses !


En fait ça a même commencé avant mon retour puisqu'alors que j'étais encore en France j'ai reçu un mail d'un professeur de l'équipe (Imai) me demandant si je pouvais, à mon retour aider l'amie d'une amie qui doit chanter une chanson en français pour un concert. Le mail ne disait pas grand chose de plus sur les personnes impliquées ni sur le concert, mais il y avait un lien vers une video de la chanson :


En cherchant quelques informations sur Internet, j'ai appris que la chanteuse (Clémentine) est une française qui chante des chansons pour enfants au Japon. Elle est apparemment très connue ici. La chanson est une traduction du générique d'un très vieux dessin animé appelé "Gegege no Kitaro", tiré d'un manga de 1959. Ce sont apparemment des histoires de monstres et fantômes du folklore japonais.

J'ai bien sûr répondu que je serai ravi de pouvoir aider (et puis si ça me fait rencontrer des gens c'est toujours intéressant). Une fois rentré, Imai m'a alors emmené voir une fille de l'administration de l'université (qui s'appelle Tamayo) qui doit aussi participer au concert (mais qui ne chante pas). Après une longue conversation en japonais (entre eux, moi je n'ai rien dit et presque rien compris) il m'a dit qu'elle proposait de m'emmener mercredi soir à la répétition pour que je rencontre l'autre amie, celle qui doit chanter en français. Dans la foulée, Tamayo proposait aussi de m'inviter à dîner avant. Moi, comme toujours, quand on me propose d'aller manger, j'accepte (en plus là c'est avec une fille plutôt jolie alors c'est encore mieux).


Mercredi soir, comme prévu (après un bref échange de mails pour fixer les détails) elle est passée me chercher à l'université. J'étais un peu inquiet parce que lors de la première conversation, elle n'avait parlé que japonais, et c'est Imai qui avait servi d'intermédiaire pour m'expliquer un peu ce qui se passait en anglais. Finalement il s'avère que Tamayo parle très bien anglais donc ça n'a pas été trop compliqué. Le dîner était très sympa puisqu'on est allé manger des sushis et qu'elle m'a fait goûter un peu tout ce qu'il y avait de marrant à mettre dessus. Puis on est allé à la répétition.

Là c'était assez étrange parce que le rendez-vous était dans le parking souterrain derrière la gare. Or j'avais beau être au Japon, le pays où l'on ne se sent jamais en danger (sauf quand les forces naturelles se déchaînent), quand je me suis retrouvé en pleine nuit dans le fond d'un parking souterrain avec une personne que je ne connaissais que depuis 2 heures marchant vers un groupe de 3 types au look un peu grundge (qui est à la fois un look de musiciens et de gangs), je me suis rappelé que dans toutes les scènes de ce genre au cinéma il est question de tueurs à gage, de mallettes pleines de billets ou de drogue (en plus il y avait même des étuis à guitare ! ça non plus c'est pas bon signe). Et en général ça ne finit pas bien pour tout le monde.

Finalement tout s'est très bien passé : l'échange de drogue a eu lieu sans incident, les otages ont tous survécu et les yakuzas m'ont laissé repartir en ne me coupant qu'une phalange. Bref, un dénouement heureux... dans le film d'action qui se déroulait dans ma tête.

Pendant ce temps, dans la réalité, les trois musiciens qui étaient là m'ont proposé des biscuits et du café, et on a un peu discuté (en fait ils ont surtout discuté entre eux en me posant quelques questions très simples parce qu'ils ne parlaient pas anglais). J'ai appris que le concert en question (à propos duquel je ne savais toujours rien) était un concert d'une école de batterie et que les autres musiciens (Tamayo comprise) étaient là pour donner un coup de main et les accompagner.

La fille qui devait chanter la chanson de Clémentine est arrivée un peu plus tard, et nous sommes entrés dans la salle de répétition, qui se trouvait dans le fond du parking (d'où le sinistre rendez-vous qui ne l'était plus du tout à ce stade-là). Elle m'a posé quelques questions de prononciation mais elle avait déjà fait la plupart du travail. C'était assez rigolo parce qu'elle avait une feuille sur laquelle les paroles en français étaient accompagnées d'une transcription phonétique en hiragana. C'était un peu approximatif mais quand elle a chanté la chanson j'ai pu comprendre le sens des phrases (que j'avais déjà lues, certes, mais plusieurs jours plus tôt et dont je ne me souvenais pas vraiment).

Il est intéressant de noter que les japonais ne sont pas forcément bloqués, comme la plupart des autres étrangers avec qui j'ai pu parler de prononciation française, par les terrifiantes nasales "an", "on" et "in", mais plutôt par les consonnes successives. On a par exemple passé cinq bonnes minutes sur la prononciation du début de "vraiment". Comme plus ça avançait et plus la prononciation devenait dure (ça tournait au "vRRRaiment"), j'ai fini par lui dire qu'il valait mieux adoucir la prononciation, quitte à faire sauter des sons (donc elle chantera probablement "vaiment", ce qui choque moins que "vRRRaiment").
Je suppose qu'il n'y a pas beaucoup de japonais qui arrivent à apprendre le tchèque.

Après ces quelques explications, pas bien longues, j'ai assisté au reste de la répétition (qui était principalement concentrée sur le travail d'une chanson qui n'était pas Gegege no ge). Puis je suis rentré avec Tamayo.


L'histoire ne s'arrête pas là. En effet, le lendemain (donc hier), j'ai reçu un mail de Tamayo m'invitant non seulement à assister au concert dimanche soir (ce qui ne m'a pas tellement surpris d'autant qu'on en avait discuté), mais surtout à aller prendre l'apéritif et dîner chez un ou une de ses ami(e)s samedi. Le genre est assez difficile à déterminer parce que comme il n'y a pas de genre en japonais, sauf si on veut le préciser explicitement, ils ont tendance à mettre "his" ou "he" en anglais même quand il s'agit d'une fille. En fait il est même probable que ce soit toujours la même amie, celle qui chante la chanson, mais je n'en suis pas certain. Le truc amusant (jusque là, ce n'est toujours pas exceptionnel), c'est que comme l'amie habite un peu loin et qu'il est question de boire de l'umeshu (entre autres), on ne peut pas rentrer en voiture donc je suis d'office invité à dormir chez l'ami(e) en question ("viens chez moi, j'habite chez une copine").
Du coup, je ne sais pas trop chez qui je vais, ni qui sera présent, ni ce qu'on est censé y faire, mais comme je suis au Japon, j'accepte et on verra bien ce qui se passe. Après tout, je suis déjà parti dans des situations encore plus floues avec des gens que je connaissais encore moins (mais toujours au Japon) et ça s'est toujours très bien passé (cf. par exemple l'histoire des lapins ou mon séjour à Tokyo dans une famille que je ne connaissais que très très indirectement).

J'aurai probablement l'occasion de raconter d'autres histoires à ce sujet (par contre, si je ne re-poste rien pendant un mois, appelez la police !).