mercredi 29 février 2012

Fitness

Depuis ce matin, il y a de nouvelles pancartes dans le hall de l'ascenseur :
La traduction "diet for you & electricity" peut sembler étrange mais c'est la version littérale du texte en japonais qui utilise même le mot DAIETTO, en katakana bien évidemment. Par contre remarquez que "Go" est écrit en alphabet latin !
Quand on arrive en haut de l'escalier (à la fin du régime que l'on fait avec l'électricité), on est récompensé par le message suivant qui donne tout de suite un sentiment d'accomplissement énorme :
Ainsi donc, si l'on monte huit étages à pied, on brûle l'équivalent de 1,75 chips. Bien sûr, là je vous mets le panneau pour les vrais, ceux qui comme moi montent jusqu'au huitième étage, parce que si c'est pour s'arrêter au quatrième c'est pas la peine on ne fait même pas une chips (je ne sais pas s'il faut mettre un "s"). Il y a quand même un panneau spécifique à chaque étage, ce qui permet de bien sentir les chips fondre progressivement quand on monte.
Il est bien précisé sur le panneau que ça marche aussi si on prend les escaliers pour descendre mais il faut alors diviser par deux la quantité de calories consommées (ça tombe bien parce qu'en général je prends les escaliers pour descendre mais pas pour monter, évidemment aujourd'hui j'ai fait une exception et je suis monté pour brûler des chips). Je ne sais pas trop combien il y a de chips dans un paquet normal, mais il doit bien falloir faire une dizaine d'allers-retours pour compenser un petit paquet.

Il existe heureusement une autre solution pour se débarrasser des calories excessives : la marche. Et l'université d'Hiroshima propose trois parcours différents (selon le temps et la motivation dont on dispose et le nombre de paquets de chips qu'on a mangés la veille) :
Les parcours sont représentés en bleu (4 km), vert (2,5 km) et rouge (1,5 km). Le panneau de droite donne tout un tas d'informations très intéressantes (même si je ne comprends pas vraiment tout) sur la bonne façon de marcher (qui comme chacun sait est de mettre un pied devant l'autre et de recommencer), comment surveiller son activité cardiaque, les bienfaits relatifs de la marche et de la course (avec une courbe qui montre que rien ne sert de courir, il faut marcher régulièrement).
Le parcours rouge est de loin le plus agréable non pas parce que c'est le plus court mais parce qu'il passe par des escaliers en bois, qu'il longe la rivière et qu'il est à moitié dans une mini-forêt (en été par contre c'est assez dûr à cause des nuages d'insectes dans ce coin). À l'inverse le bleu est carrément nul puisqu'il longe la route qui fait le tour du campus au milieu de nulle part. En général, je fais une pause dans l'après-midi pendant laquelle je fais une boucle hybride entre la rouge et la verte (je fais les deux moitiés inférieures des parcours).

L'arrivée aujourd'hui des panneaux faisant la promotion des escaliers arrive paradoxalement en même temps que la remise en fonction du deuxième ascenseur (qui était arrêté pendant la période où il n'y avait pas grand monde). Pendant la période où il n'y avait qu'un seul ascenseur en fonctionnement, j'ai d'ailleurs découvert que l'ascenseur pouvait s'excuser pour le temps d'attente à un étage s'il mettait trop longtemps à arriver...
Il faut savoir que l'ascenseur ici parle constamment. Ainsi, à chaque étage on a droit à quatre messages, par exemple "ouverture des portes", "huitième étage", "cet ascenseur descend", "fermeture des portes". Quand on est dans un ascenseur qui s'arrête trois ou quatre fois en chemin ça devient vite répétitif.
Du coup, ça m'a fait un choc le jour où l'ascenseur s'est arrêté à un étage et a glissé un message totalement inédit entre ses phrases habituelles (un message secret !). Sur le coup la première fois je n'ai rien compris du tout à ce qu'il avait dit, mais la seconde fois, j'ai réussi à comprendre qu'il s'excusait. J'ai demandé par la suite et on m'a effectivement confirmé qu'après un certain temps après avoir appuyé sur le bouton, quand l'ascenseur arrive enfin il s'excuse pour le retard auprès des gens qui montent...

vendredi 24 février 2012

Le carnaval des animaux

Aujourd'hui, en allant à l'université (à pied), j'ai croisé un panda, puis un tigre, puis un lapin, un ours, un éléphant, un cerf et quelques autres animaux.

Ils étaient tous postés à côté d'un panneau et agitaient les bras dans tous les sens dès que quelqu'un était en vue (en général le panneau était tenu par une autre personne, qui devait probablement être celle qui s'occupait de la conversation quand quelqu'un s'approchait).
J'ai fait comme si de rien n'était et j'ai continué mon chemin, en me demandant bien ce qu'ils faisaient tous là (je n'ai pas osé m'arrêter pour essayer de déchiffrer un de leurs panneaux).

En arrivant au labo, j'ai donc demandé des explications. Il se trouve que nous sommes en ce moment à la fin de l'année scolaire japonaise (la rentrée est en avril) et c'est aujourd'hui que les lycéens viennent visiter l'université dans laquelle ils iront l'an prochain. Pour l'occasion, les différentes résidences étudiantes se battent pour les attirer. Or apparemment le meilleur moyen d'attirer un lycéen japonais est de poster des types en costumes d'animaux (je suppose que les résidences n'ont pas les moyens d'engager des idols en bikini, donc ils se rabattent sur le deuxième choix).

En tout cas c'est vrai qu'ils y mettaient de la bonne volonté. En plus de prendre la pose quand on sortait un téléphone pour prendre une photo, il y avait un tigre qui dansait la disco et un panda qui se précipitait sur les filles pour leur manger la main (ça ne les faisait rire qu'après coup, comme en témoigne la posture très méfiante des deux filles) :
Cette photo a été prise juste après midi, quand tous les animaux avaient fini leur matinée et rentraient déjeuner
(sauf le panda qui préférait manger les lycéennes)

Tout ceci me rappelle d'ailleurs qu'Amazon propose toute une panoplie de costumes pour bébés tous plus ridicules les uns que les autres... Je me demande lequel je pourrais offrir à mon filleul (ma préférence va au homard, mais l'éléphant avec sa trompe sous le menton n'est pas mal non plus).

lundi 20 février 2012

Nagoya, ville des stars inconnues


Jeudi dernier, j'ai appris par facebook qu'un ami (Daniel, pour ceux qui le connaissent) était au Japon pour quelques jours (je l'ai appris parce que, comme tout le monde en arrivant au Japon, il s'est empressé de poster une photo du tableau de contrôle des toilettes de sa chambre). Il était à Nagoya encore quelques jours puis il allait partir à Sapporo (tout au nord du Japon sur l'île d'Hokkaido). Comme je n'étais jamais allé à Nagoya, je me suis dit que c'était l'occasion et je suis allé y passer le week-end.

Pour info, Nagoya est la 4e ville la plus peuplée du Japon avec 2,2 millions d'habitants. Elle se trouve quelque part entre Osaka et Tokyo, à environ 450 km d'Hiroshima :
Il faut environ 2h30 pour y aller depuis Hiroshima en Shinkansen. Le Shinkansen c'est très confortable, très rapide et fréquent (on prend un billet et on attend le train suivant, comme un RER, sans trop se préoccuper des horaires). Le seul problème c'est que c'est un peu cher, là j'en ai eu pour 260 euros aller-retour.

Une fois à Nagoya, j'ai commencé par me promener dans les rues pour voir un peu l'atmosphère de la ville, que je j'ai trouvée assez agréable.
Le soir, après avoir rejoint Daniel et quelques amis à lui (un autre français en post-doc au Japon et deux japonais avec qui il était venu travailler), nous sommes allés au restaurant.
Au cours, du repas, alors que les serveuses se succédaient, toutes plus adorables les unes que les autres dans leurs tenues traditionnelles (il y a eu 7 ou 8 plats servis successivement pendant le repas, donc ça faisait beaucoup de passage), arrive une femme plus âgée qui se met à raconter plusieurs choses en japonais (donc principalement à nos hôtes qui comprenaient ce qu'elle disait). Puis elle nous regarde (nous autres français qui ne comprenions pas grand chose) avec un grand sourire, nous explique rapidement quelque chose en désignant un prospectus du restaurant posé sur la table puis nous demande avec insistance si nous avons bien compris. Il a alors fallu qu'un japonais de la table nous explique qu'elle était en train de se présenter en nous montrant qu'elle était sur la couverture dudit prospectus, chose dont elle était apparemment très fière.
Je suppose que c'était la patronne du restaurant mais elle n'a pas essayé de nous en dire plus. Elle a été très satisfaite une fois que nous l'avions finalement reconnue sur la photo. On a même découvert par la suite qu'elle était aussi sur les boîtes d'allumettes du restaurant. En sortant, elle nous a aussi montré une photo d'elle à côté de Stevie Wonder (accrochée dans l'entrée), la grande classe.
(le bonhomme à côté d'elle sur la boîte d'allumettes apparaît aussi à l'intérieur du prospectus, mais il n'est pas venu frimer lui...)

Le lendemain, j'avais encore toute la journée pour me promener donc j'ai décidé d'aller voir le château (toute ville japonaise qui se respecte a un château, donc c'est en général le premier truc que j'essaie d'aller voir, ça donne un élément de comparaison avec les autres villes). Le château de Nagoya est plutôt joli. Il a été initialement construit au XVIe siècle mais comme il est en bois (comme tous les châteaux japonais) il a plusieurs fois été endommagé au cours de son histoire, pour finalement être totalement détruit par les bombardements américains pendant la seconde guerre mondiale. Il a tout de même été partiellement reconstruit (en particulier le bâtiment principal) et le reste est encore en reconstruction.
La grande particularité de ce château, ce sont les deux statues dorées sur le toit qui représentent des shachihoko, démons au corps de dauphin et à la tête de tigre qui servent à protéger le château des incendies (mais pas des bombardements...). Ils étaient en bois entièrement recouverts d'or, et toute l'histoire du château semble axée sur les dauphins : l'origine de l'or donné par les différents seigneurs, les vols successifs d'écailles dorées, la refonte de l'or à différentes périodes de crise, etc. Finalement les dauphins d'origine ont eux aussi disparu dans les bombardements de la seconde guerre mais ils ont été refaits (je crois que les nouveaux sont aussi recouverts de véritables feuilles d'or).
On retrouve des représentations des dauphins un peu partout dans la ville, comme par exemple dans le métro :
En sortant du château, j'ai rencontré une seconde célébrité. Il se promenait dans la cour du château avec un groupe de fans qui le suivaient dans ses déplacements. J'ai d'abord cru que c'était un guide touristique, mais comme il était en tenue de samouraï je me suis dit que ce n'était pas un guide ordinaire.
Quand il m'a vu essayer de prendre une photo, il a commencé par prendre la pose, puis il est venu me voir (avec tous ses fans qui le suivaient toujours). Il m'a alors expliqué (en anglais) qu'il avait 450 ans et qu'il était le maître du château. Puis, en bonne célébrité japonaise de Nagoya, il m'a donné un autre prospectus avec sa photo en couverture.
Il est ensuite reparti discuter avec d'autres personnes dans la cour (il m'a beaucoup fait penser à mon beau-frère Robbie, qui ferait aussi un très bon samouraï).

En quittant le château, il était un peu trop tard pour aller visiter un autre lieu important donc je me suis promené sans but particulier dans la ville en attendant de rejoindre les autres.

Le soir, on est allé au karaoké. Les karaokés japonais n'ont pas grand chose à voir avec les soirées karaoké qu'on a dans les bars chez nous, c'est une véritable industrie. Dans les quartiers branchés du centre-ville, il y a plusieurs immeubles ne faisant que ça (certains les uns à côté des autres, ce qui a permis à notre hôte japonais d'essayer de négocier les prix en passant de l'un à l'autre pour voir les offres et contre-offres de chacun, mais sans grand succès). On réserve donc une salle en fonction du nombre de personnes qu'on est et on prend un forfait pour les boissons (on peut commander autant de boissons qu'on veut, mais comme ils mettent un peu de temps à les apporter on ne peut pas en abuser, j'ai quand même bu 5 umeshus pendant la soirée).

On se retrouve alors dans des couloirs étroits qui ressemblent à des couloirs de bateau avec des numéros sur chaque porte, et l'on entre dans la cabine où l'on peut chanter à tue-tête sans être entendu des voisins. Ils n'avaient pas de chanson en français, mais suffisamment de chansons en anglais pour qu'on puisse s'occuper. Tous les textes anglais sont sur-titrés en katakana (ce qui doit donner une prononciation assez intéressante quand ils lisent directement les kanas). Comme nous avions une étudiante chinoise avec nous, elle a même chanté en chinois alors qu'un japonais essayait de l'accompagner en lisant les kanas. Apparemment ce n'était pas une réussite esthétique, mais ça a bien amusé tout le monde (je dis "apparemment", parce que je suis incapable de juger la prononciation d'un japonais qui chante en chinois, mais j'imagine bien que pour une chinoise, ce soit assez douloureux à entendre).

Finalement, le lendemain, je suis allé voir le sanctuaire d'Atsuta, qui est apparemment très important. Il est dédié à Atsuta no Ōkami et à la déesse du soleil Amaterasu (pour ceux qui ont joué au jeu Ōkami, ce sont les personnages principaux du jeu). C'est dans le temple d'Atsuta que se trouve l'épée Kusanagi-no-Tsurugi qui est un des trois éléments du trésor impérial du Japon : l'épée, un miroir et une pierre précieuse, dont la légende prétend qu'ils ont été donnés au premier empereur par Amaterasu. Cela dit, l'épée (comme les deux autres artefacts) n'est pas montrée au public et seuls de très hauts prêtres et l'empereur les voient au moment du couronnement d'un nouvel empereur. Si ça se trouve, ça fait belle lurette qu'ils ont été perdus et personne n'est au courant.
Quoi qu'il en soit, le sanctuaire lui-même est intéressant, même si il ressemble à plusieurs autres que j'avais déjà vu. À un moment, je suis entré dans un bâtiment qui ressemblait à une salle d'exposition. Mais je ne savais pas dans quelle direction aller. J'ai donc décidé de suivre les autres personnes qui entraient. Ils sont partis dans un couloir, dans lequel des personnes à un bureau distribuaient des papiers. J'ai pris les papiers qu'on me tendait (intégralement en japonais donc sans grand intérêt pour moi actuellement) et j'ai suivi jusque dans la salle suivante. Là, pas de bol, je me suis retrouvé dans une salle de conférence. Comme je ne savais pas trop quoi faire je me suis assis au fond et j'ai attendu. Après un certain temps, ils ont fermé les portes de la salle (là j'espérais vraiment que ça n'allait pas durer trop longtemps) et un type est venu parler pendant une demi-heure. Je n'ai aucune idée du sujet de la conférence mais j'ai applaudi comme tout le monde à la fin et je suis ressorti. J'ai repensé à un ami qui avait débarqué dans une conférence en finnois à Turku en visitant une église... En sortant de la conférence, j'ai tout de même réussi à trouver l'entrée de la salle des expositions (que j'étais venu chercher initialement).

En allant vers le bâtiment principal, une dame m'a donné un plan du sanctuaire ainsi qu'un papier (en anglais) expliquant comment se purifier :
- aller vers le bassin ;
- en prenant une des louches en bois de la main droite, la remplir et verser la moitié de l'eau sur la main gauche pour la nettoyer ;
- prendre la louche dans la main gauche et verser le reste de l'eau sur la main droite ;
- re-remplir la louche d'eau et utiliser la moitié de l'eau pour se laver la bouche ;
- verser l'eau restante dans le bassin.
J'ai suivi les instructions à la lettre (les japonais autour de moi faisaient ça un peu plus vite en s'aspergeant rapidement les deux mains, et hop).
Ensuite je suis allé vers l'autel principal et j'ai fait comme indiqué sur le papier :
- jeter une pièce dans la boîte des offrandes (qui fait plein de bruit quand on lance une pièce qui rebondit de partout) ;
- s'incliner deux fois ;
- taper des mains deux fois ;
- s'incliner une fois.

Je suis allé voir les différents petits autels : celui de la déesse des maladies des yeux et de la peau, celui du dieu des dragons, celui du dieu de la sagesse, et évidemment celui d'Amaterasu. Finalement je suis allé voir le temple où l'on prie pour ne pas avoir d'accidents de la route (je suppose qu'il a changé de fonction au cours des siècles). Il y avait quelques voitures garées, et un prêtre en tenue de cérémonie, accompagné de deux assistantes en tenue également, qui agitait des bâtons en tournant autour des voitures. C'était très amusant, mais je n'ai pas pu filmer parce que j'étais un peu trop loin et le passage était barré (je suppose qu'il faut prendre rendez-vous avec le prêtre pour faire bénir sa voiture).

Après ça, je me suis promené une dernière fois dans la ville en rentrant à la gare à pied et j'ai pris le train pour rentrer à Hiroshima. En arrivant à Saijo, mon vélo n'était plus là où je l'avais laissé trois jours plus tôt sans l'attacher, ce qui répond à la question que l'on se posait à propos des vols de vélo. Il y a tout de même une possibilité que ce soit la police qui l'ait ramassé en le trouvant non attaché avec un anti-vol coupé et l'ait rapporté à la boutique, j'irai leur demander demain. Ce n'est pas bien grave.

mercredi 15 février 2012

L'énigmatique Mr. Lord

Vendredi dernier, il m'est arrivé un truc un peu surréaliste (mais sympathique).

Alors que je me promenais sur le campus de l'université à la recherche d'un nouvel endroit pour déjeuner (parce que je connais déjà 3 restaurants/cafétérias mais je soupçonne qu'il y en a d'autres), un étudiant s'est approché de moi et m'a adressé la parole. C'est déjà suffisamment surprenant en soi puisque d'habitude ici les gens évitent de me parler.

Il parlait très mal anglais donc la conversation était lente et assez fastidieuse, mais je ne peux pas vraiment le lui reprocher puisque si on parlait anglais c'est parce que mon japonais est encore plus mauvais que son anglais. Il m'a demandé si j'étais un professeur, je lui ai répondu que pas vraiment, j'étais un chercheur venu pour travailler avec un professeur de l'université. Alors il m'a demandé si je venais d'Angleterre. Ça m'a paru étrange comme première supposition (d'habitude ils supposent qu'on est américain) mais je lui ai répondu que non, je venais de France et j'étais français. Ça a semblé le surprendre un peu, mais il a continué à parler.

De mon côté, j'étais très content de parler à quelqu'un rencontré complètement par hasard, mais je me demandais vraiment pourquoi il m'avait adressé la parole. J'ai pensé que c'était peut-être un étudiant qui voulait profiter de l'occasion pour travailler son anglais (d'autant que par moments il parlait d'échanges avec l'étranger donc je me suis dit qu'il cherchait peut-être des contacts en Angleterre pour un voyage linguistique).

Après quelques phrases sans importance, il m'a demandé si j'avais déjeuné. Comme j'étais justement en train de chercher un endroit où manger je lui ai répondu que non, et que j'allais y aller. Il m'a alors proposé de déjeuner avec lui. Curiouser and curiouser... Nous avons donc commencé à nous déplacer vers la cafétéria (tant pis pour mes explorations, je trouverai un nouveau restaurant une autre fois).

La conversation a encore duré un certain temps, sans avancer bien loin puisqu'on parlait toujours très lentement, qu'il ne comprenait pas bien ce que je disais et qu'il cherchait longuement ses mots. D'ailleurs on ne marchait pas très vite non plus puisqu'il s'arrêtait à chaque fois que l'un d'entre nous parlait. Il avait quand même l'air un peu contrarié que je ne sois pas anglais, parce qu'il m'a plusieurs fois redemandé si je n'étais pas quand même un professeur (j'ai fini par dire qu'en France j'enseignais, mais pas ici) et si je n'avais pas fait mes études en Angleterre (là, j'avais beau chercher je n'avais rien à lui donner dans ce sens).

Au bout d'un certain temps, après m'avoir expliqué où il habitait (sans que je comprenne bien puisqu'il a commencé par me dire qu'il habitait à "Hiroshima City" puis quand j'ai dit que je logeais à côté de la fac, à Saijo, il m'a dit qu'il habitait aussi à Saijo alors qu'il y a 45 mn d'ici à Hiroshima en train) et redemandé plusieurs fois si je n'étais pas un professeur anglais, il a fini par me demander si je m'appelais "Mister Lord". J''écris "Lord" mais comme il prononçait ça à la japonaise ça pourrait aussi bien avoir été "Rod", "Lado" ou pas mal d'autres choses en fait. Quoi qu'il en soit, même avec une grande souplesse d'interprétation sur la prononciation, il ne s'agissait pas de moi.

Alors là j'ai compris qu'en fait il ne m'avait pas adressé la parole au hasard, mais qu'il pensait que j'étais quelqu'un d'autre. Quand je lui ai fait comprendre que je n'étais pas du tout la personne qu'il pensait, il était un peu embêté. Il m'a dit quelques trucs que je n'ai pas bien compris comme quoi "Mr. Lord" est un prof qui est venu voir un de ses amis et qu'il voulait le rencontrer.

Du coup je ne savais plus trop où aller. Heureusement, il a trouvé la solution. On était devant la bibliothèque et il s'est spontanément rappelé qu'il avait un truc super important à y faire... Du coup il m'a dit qu'il devait passer par la bibliothèque, et on a pu partir dans des directions séparées.

Ça m'a quand même bien amusé. Au final, je suppose que je me trouvais globalement dans la zone où il devait rencontre le fameux Mr. Lord. Comme il n'y a pas beaucoup d'étrangers dans la fac, il s'est dit que j'étais forcément le type qu'il cherchait et il a dû justifier toutes les incohérences entre mes réponses et les informations qu'il avait par des difficultés de langue. Il n'empêche qu'il aurait pu commencer par me demander si j'étais bien Mr. Lord.


En y repensant, je crois bien que j'ai croisé le prof qu'il cherchait parce que quelques instants avant qu'il me tombe dessus j'ai croisé un européen qui avait l'air un peu paumé et qui tournait en rond. Par contre je ne l'ai pas revu après que mon interlocuteur soit parti.

dimanche 5 février 2012

Bref, j'ai acheté un vélo

Ça faisait plusieurs jours que j'en avais marre d'être la seule personne qui se déplace à pied ici. Rien que pendant les 10 minutes qu'il me faut pour aller à la fac, je croise ou me fais doubler par environ 20 vélos. Du coup, hier, j'ai décidé d'en acheter un.
J'ai demandé à Imai si il savait où je pouvais en acheter. Il m'a dit qu'il connaissait un magasin très bien mais que c'était trop loin pour y aller à pied, il fallait un vélo. Je lui ai dit que c'était pas très pratique. Il m'a dit qu'il en connaissait un autre plus proche mais un peu pourri. Il m'a quand même donné les deux adresses.
En sortant de son bureau j'ai commencé à me demander si ça valait la peine d'aller au magasin le plus proche, d'acheter un vélo pourri, d'aller au magasin bien avec le vélo pourri, d'acheter un vélo bien et de revendre l'autre. Je me suis dit que j'étais probablement en train de me prendre la tête pour pas grand chose donc j'ai décidé d'aller au magasin le plus proche.

En arrivant au magasin, j'étais très fier de moi en réalisant que je savais dire "bonjour, je voudrais acheter un vélo s'il vous plaît". Mais en y réfléchissant, je me suis dit que si je disais ça au vendeur de vélos j'allais avoir l'air aussi bête que Jo quand elle avait demandé un alfajor à un type qui en vendait 40 sortes différentes. J'ai décidé de ne rien dire du tout.
J'ai fait 4 fois le tour de la boutique en regardant les prix de tous les vélos pour choisir le moins cher. Je suis finalement entré et j'ai fait des gestes au vendeur pour qu'il vienne. Je lui ai montré le vélo que je voulais acheter.
Là je me suis rendu compte qu'acheter un vélo au Japon, c'est plus compliqué qu'en France parce qu'il faut remplir tout un formulaire. Heureusement, le vendeur avait un exemplaire avec des indications en anglais. Je ne connaissais pas mon adresse et je n'avais pas de numéro de téléphone. Pour l'adresse, il m'a tendu un plan et j'ai montré où était mon appartement. Pour le téléphone, j'ai fait des gestes pour faire comprendre que je n'en avais aucune idée, au bout d'un moment il a abandonné, il m'a dit un truc, j'ai dit oui et il a écrit quelque chose (je crois qu'il a mis le numéro de téléphone de la boutique).
Il m'a ensuite demandé quelque chose en faisant une phrase beaucoup trop longue pour moi. J'ai cru comprendre trois mots, mais comme les mots que j'avais compris étaient "rêve", "clé" et "lapin" et que j'étais incapable de penser à une phrase cohérente qui les contienne, je me suis dit que j'avais mal compris.
Il m'a alors montré des explications en anglais. C'était pour prendre une sorte d'assurance en cas de vol (on colle une étiquette sur le vélo, si le vélo est retrouvé par la police, ils appellent et je vais chercher le vélo). Je crois que c'est pour ça qu'ils voulaient un numéro de téléphone. Comme ce n'était pas cher du tout, j'ai accepté.

Finalement, je suis sorti avec le vélo. Un jeune de la boutique m'a alors expliqué, dans un anglais tout à fait corrrect, comment marchaient la dynamo et l'anti-vol. Je l'ai remercié mais ça m'a un peu énervé de penser que ça faisait 15 minutes qu'il se marrait derrière le vendeur alors qu'il aurait très bien pu m'aider en anglais.

Tout ça c'était hier. Ce matin, je me suis levé et je suis allé chercher mon vélo. Je ne trouvais plus les clés de l'anti-vol. Elles n'étaient pas dans mon blouson, pas dans mon jean, pas dans mon sac ni dans mon appartement. J'étais bien embêté.
J'ai fait plusieurs fois le trajet de mon vélo à l'appartement, puis de l'appartement à la salle d'arcade où j'étais allé hier soir après avoir garé le vélo. Je ne les ai pas trouvées.
J'ai cherché rapidement dans la salle d'arcade. Pas de clés. J'ai vérifié que je savais dire que j'avais perdu des clés. J'ai appelé un type de la salle d'arcade, je lui ai expliqué que j'avais perdu mes clés. Il m'a demandé si c'était des clés de vélo, je lui ai dit que oui. Il m'a demandé de le suivre, a regardé dans le bac des objets trouvés et m'a donné une paire de clés d'anti-vol de vélo. J'ai signé le registre (ils ne font pas ça à la légère) et je l'ai remercié.
En sortant, j'étais très fier de moi d'avoir résolu cette situation en parlant en japonais. Je suis allé chercher mon vélo. C'était pas les bonnes clés...

Je suis retourné à la salle d'arcade, j'ai rendu les clés (sans expliquer grand chose parce que je ne savais pas dire tout ça et que je n'avais plus le moral pour apprendre à le dire) et je suis ressorti. J'ai laissé mon vélo à côté de l'appartement et je suis allé à la fac à pied. Comme c'est dimanche et qu'il y a moins de monde, je ne me suis fait doubler que par une dizaine de vélos.

Bref, j'ai acheté un vélo.

Épilogue

Finalement j'ai demandé à Imai s'il avait une solution. Il m'a dit qu'il avait un outil qui pourrait me servir. Il est revenu le lendemain avec ça :
Je le soupçonne d'arrondir ses fins de mois en revendant des vélos volés d'ailleurs. Quoi qu'il en soit, je viens de tester le machin sur mon vélo et ca a coupé l'anti-vol comme si c'était de la guimauve (le petit bout de métal sur la photo c'est le morceau que j'ai coupé).
Résultat, mon vélo est libre à nouveau. Espérons qu'il n'aura pas été volé demain matin !

J'ai repensé au proverbe néerlandais que me répète souvent mon père : "Dans sa vie, un néerlandais a trois vélos. Le premier qu'il achète quand il est jeune, le second qu'il rachète quand il s'est fait voler le premier et le troisième qu'il vole quand il en a marre après s'être fait voler le second". Moi je viens de me voler mon vélo, du coup mon deuxième est devenu le troisième.

P.-S. : Je ne connaissais pas le nom en anglais de l'outil utilisé. Cependant, sur l'étiquette (illisible sur la photo) il est écrit en katakana "BORUTOKURIPPA". Je me suis dit que ça voulait peut-être dire "bolt clipper", et une recherche Google me confirme que c'est bien le bon nom. Comme quoi, avec leur système on peut même apprendre de l'anglais ! Cela dit je l'aurais appris encore plus facilement si ils l'avaient écrit en alphabet latin.

mercredi 1 février 2012

Les japonais et l'alphabet latin

Le système d'écriture japonais est parmi les plus compliqués au monde, principalement parce qu'il mélange 4 systèmes différents. Sans entrer dans les détails, il y a les kanji, caractères chinois qui forment la base de l'écriture, puis deux alphabets phonétiques les hiragana et les katakana et enfin l'alphabet latin (le notre) qui ne fait pas vraiment partie de la langue japonaise mais qu'on rencontre quand même assez fréquemment.

Plutôt que de parler des deux alphabets qui sont au cœur de la langue (les kanji et les hiragana), je vais plutôt parler de l'usage des katakana et de l'alphabet latin. Tout d'abord il faut savoir que les katakana sont utilisés (entre autres choses) pour transcrire phonétiquement les mots d'origine étrangère (autre que le chinois), et donc aujourd'hui beaucoup pour les mots d'origine anglaise.
Il y a beaucoup d'exemples bien intégrés dans le langage courant comme BIIRU (la bière), MIRUKU (le lait) ou encore RAISU (le riz, uniquement sous la forme de riz blanc cuisiné sans assaisonnement, parce que tout de même ils ont plein d'autres mots pour désigner le riz sous toutes ses formes). Je suis toujours épaté qu'ils utilisent des mots d'origine européenne pour des choses aussi basiques (en particulier le riz !) mais c'est probablement un effet de mode (comme nous qui utilisons certains mots anglais alors que l'équivalent bien français existe).
Donc, pour les mots d'usage courant, c'est assez normal d'avoir complètement intégré la prononciation et l'écriture. Ce qui me surprend beaucoup plus, c'est qu'ils s'obstinent à intégrer des mots anglais (et parfois des expressions entières) qui n'ont rien d'élémentaire, en les écrivant en katakana (avec une phonétique assez douteuse parfois). Bien évidemment, si ils n'étaient pas habitués à l'alphabet latin, je comprendrais tout à fait qu'ils ne puissent pas faire autrement (nous on convertit tout à l'alphabet latin quelle que soit l'origine, et on y perd forcément quelque chose, mais on n'y peut rien, on ne connaît rien d'autre), mais dans le cas des japonais, ils connaissent très bien l'alphabet latin puisqu'ils s'en servent un peu partout :
Sur cette image (que je ne suis pas allé chercher bien loin, c'est juste en sortant de mon immeuble, j'habite au premier étage du bâtiment blanc derrière) on voit qu'il y a plein de choses écrites en alphabet latin. En particulier les noms des marques japonaises : "Honda" s'écrit vraiment comme ça, même ici ("Suzuki" aussi, mais il y a la version en katakana juste en dessous qui indique "SUZUKIBAIKUSHOPPU" soit "Suzuki bike shop"). Si les noms des marques (et plein d'autres choses) sont écrits en romaji (leur façon de désigner les caractères romains) c'est bien qu'ils savent les lire... Alors pourquoi trouve-t-on constamment de l'anglais (non trivial) en katakana ?

Par exemple, dans un "Beginner's guide" (en anglais et alphabet latin dans le texte) concernant un jeu dans une salle d'arcade (ils donnent des petits manuels d'instruction, c'est marrant), on peut trouver une page comme celle-ci (les phylactères ont été ajoutés pour faciliter la compréhension) :
Là on voit que la page parle de termes "techniques" liés au jeu. Il y a un concept de "tag assault" (pour info, il s'agit du jeu "Tekken Tag 2" qui est un jeu de baston où chaque joueur contrôle deux personnages donc toute la spécificité du jeu est d'utiliser correctement le système de "tag" qui permet de passer d'un personnage à l'autre), et puis "auto-assist". Il y a aussi des termes moins techniques mais tout de même un peu spécifiques comme "button", "character" et "system". Tous ces termes ont bien évidemment des équivalents en japonais, mais par effet de mode, ils préfèrent utiliser les mots anglais. Ce n'est pas cela que je leur reproche, je sais très bien qu'on fait la même chose en français (quand joue à World of Warcraft on dit bien des choses comme "Go down le boss, je need le loot !"). Mais pourquoi l'écrire en katakana ?
Honnêtement, si les gens ne savent pas ce que c'est qu'un "tag assault", il n'y a aucune chance qu'ils sachent plus ce que c'est quand on l'écrit "TAGGUASARUTO". Et puis à force, ils finiraient par apprendre quelques mots d'anglais par-ci par-là ce qui ne leur ferait finalement pas de mal (notez que le titre de la page est tout de même "TAG ASSAULT", donc vraiment, ils en mettent de temps en temps.

Il y a tellement d'exemples de ce type que je passe en fait mon temps à chercher des katakana, les prononcer dans ma tête jusqu'à ce que ça m'évoque un mot anglais, ce qui me permet finalement de comprendre pas mal de choses autour de moi sans même avoir à faire appel à du vocabulaire japonais (un peu comme Eugénie qui lit les panneaux sur les routes en Égypte). D'ailleurs, quand on commence le japonais, on apprend les hiragana avant les katakana, et on a souvent plus de mal à lire les katakana. C'est un tort, car pour un débutant perdu au Japon, les hiragana ça ne sert pas à grand chose (c'est bien beau de savoir prononcer si on ne comprend pas le sens) alors que les katakana, avec un peu d'habitude, ça permet de comprendre plein de choses.

Pour ceux qui veulent s'exercer, je vous laisse un petit jeu (les réponses sont dans les commentaires) :
Il se trouve que j'ai sur mon bureau le catalogue d'un fabriquant d'électronique. Sur la couverture de ce catalogue, on trouve des montagnes de mots en katakana. J'ai transcrit la plupart de ces katakana en alphabet latin, sans indiquer la signification. Saurez-vous tous les comprendre ?
Quelques indications :
  • les japonais aiment bien les contractions de mots, et en particulier TEREBI et PASOCON sont des exemples bien connus (parce que fréquemment utilisés) ;
  • n'oubliez pas que le son "R" est très roulé et qu'il peut servir à représenter un "R" ou un "L" ;
  • le son "U" est souvent très peu prononcé. Comme leur alphabet est syllabaire, ils ne peuvent pas mettre plusieurs consonnes à la suite, ils utilisent alors le son "U" entre les deux (comme c'était le cas dans les exemples de l'image précédente) ;
  • j'ai doublé les voyelles quand elles sont longues, le "U" se prononce "ou" (comme en espagnol), et le "E" se prononce "é" (encore comme en espagnol). Une double consonne indique une consonne "sautée".