mercredi 1 février 2012

Les japonais et l'alphabet latin

Le système d'écriture japonais est parmi les plus compliqués au monde, principalement parce qu'il mélange 4 systèmes différents. Sans entrer dans les détails, il y a les kanji, caractères chinois qui forment la base de l'écriture, puis deux alphabets phonétiques les hiragana et les katakana et enfin l'alphabet latin (le notre) qui ne fait pas vraiment partie de la langue japonaise mais qu'on rencontre quand même assez fréquemment.

Plutôt que de parler des deux alphabets qui sont au cœur de la langue (les kanji et les hiragana), je vais plutôt parler de l'usage des katakana et de l'alphabet latin. Tout d'abord il faut savoir que les katakana sont utilisés (entre autres choses) pour transcrire phonétiquement les mots d'origine étrangère (autre que le chinois), et donc aujourd'hui beaucoup pour les mots d'origine anglaise.
Il y a beaucoup d'exemples bien intégrés dans le langage courant comme BIIRU (la bière), MIRUKU (le lait) ou encore RAISU (le riz, uniquement sous la forme de riz blanc cuisiné sans assaisonnement, parce que tout de même ils ont plein d'autres mots pour désigner le riz sous toutes ses formes). Je suis toujours épaté qu'ils utilisent des mots d'origine européenne pour des choses aussi basiques (en particulier le riz !) mais c'est probablement un effet de mode (comme nous qui utilisons certains mots anglais alors que l'équivalent bien français existe).
Donc, pour les mots d'usage courant, c'est assez normal d'avoir complètement intégré la prononciation et l'écriture. Ce qui me surprend beaucoup plus, c'est qu'ils s'obstinent à intégrer des mots anglais (et parfois des expressions entières) qui n'ont rien d'élémentaire, en les écrivant en katakana (avec une phonétique assez douteuse parfois). Bien évidemment, si ils n'étaient pas habitués à l'alphabet latin, je comprendrais tout à fait qu'ils ne puissent pas faire autrement (nous on convertit tout à l'alphabet latin quelle que soit l'origine, et on y perd forcément quelque chose, mais on n'y peut rien, on ne connaît rien d'autre), mais dans le cas des japonais, ils connaissent très bien l'alphabet latin puisqu'ils s'en servent un peu partout :
Sur cette image (que je ne suis pas allé chercher bien loin, c'est juste en sortant de mon immeuble, j'habite au premier étage du bâtiment blanc derrière) on voit qu'il y a plein de choses écrites en alphabet latin. En particulier les noms des marques japonaises : "Honda" s'écrit vraiment comme ça, même ici ("Suzuki" aussi, mais il y a la version en katakana juste en dessous qui indique "SUZUKIBAIKUSHOPPU" soit "Suzuki bike shop"). Si les noms des marques (et plein d'autres choses) sont écrits en romaji (leur façon de désigner les caractères romains) c'est bien qu'ils savent les lire... Alors pourquoi trouve-t-on constamment de l'anglais (non trivial) en katakana ?

Par exemple, dans un "Beginner's guide" (en anglais et alphabet latin dans le texte) concernant un jeu dans une salle d'arcade (ils donnent des petits manuels d'instruction, c'est marrant), on peut trouver une page comme celle-ci (les phylactères ont été ajoutés pour faciliter la compréhension) :
Là on voit que la page parle de termes "techniques" liés au jeu. Il y a un concept de "tag assault" (pour info, il s'agit du jeu "Tekken Tag 2" qui est un jeu de baston où chaque joueur contrôle deux personnages donc toute la spécificité du jeu est d'utiliser correctement le système de "tag" qui permet de passer d'un personnage à l'autre), et puis "auto-assist". Il y a aussi des termes moins techniques mais tout de même un peu spécifiques comme "button", "character" et "system". Tous ces termes ont bien évidemment des équivalents en japonais, mais par effet de mode, ils préfèrent utiliser les mots anglais. Ce n'est pas cela que je leur reproche, je sais très bien qu'on fait la même chose en français (quand joue à World of Warcraft on dit bien des choses comme "Go down le boss, je need le loot !"). Mais pourquoi l'écrire en katakana ?
Honnêtement, si les gens ne savent pas ce que c'est qu'un "tag assault", il n'y a aucune chance qu'ils sachent plus ce que c'est quand on l'écrit "TAGGUASARUTO". Et puis à force, ils finiraient par apprendre quelques mots d'anglais par-ci par-là ce qui ne leur ferait finalement pas de mal (notez que le titre de la page est tout de même "TAG ASSAULT", donc vraiment, ils en mettent de temps en temps.

Il y a tellement d'exemples de ce type que je passe en fait mon temps à chercher des katakana, les prononcer dans ma tête jusqu'à ce que ça m'évoque un mot anglais, ce qui me permet finalement de comprendre pas mal de choses autour de moi sans même avoir à faire appel à du vocabulaire japonais (un peu comme Eugénie qui lit les panneaux sur les routes en Égypte). D'ailleurs, quand on commence le japonais, on apprend les hiragana avant les katakana, et on a souvent plus de mal à lire les katakana. C'est un tort, car pour un débutant perdu au Japon, les hiragana ça ne sert pas à grand chose (c'est bien beau de savoir prononcer si on ne comprend pas le sens) alors que les katakana, avec un peu d'habitude, ça permet de comprendre plein de choses.

Pour ceux qui veulent s'exercer, je vous laisse un petit jeu (les réponses sont dans les commentaires) :
Il se trouve que j'ai sur mon bureau le catalogue d'un fabriquant d'électronique. Sur la couverture de ce catalogue, on trouve des montagnes de mots en katakana. J'ai transcrit la plupart de ces katakana en alphabet latin, sans indiquer la signification. Saurez-vous tous les comprendre ?
Quelques indications :
  • les japonais aiment bien les contractions de mots, et en particulier TEREBI et PASOCON sont des exemples bien connus (parce que fréquemment utilisés) ;
  • n'oubliez pas que le son "R" est très roulé et qu'il peut servir à représenter un "R" ou un "L" ;
  • le son "U" est souvent très peu prononcé. Comme leur alphabet est syllabaire, ils ne peuvent pas mettre plusieurs consonnes à la suite, ils utilisent alors le son "U" entre les deux (comme c'était le cas dans les exemples de l'image précédente) ;
  • j'ai doublé les voyelles quand elles sont longues, le "U" se prononce "ou" (comme en espagnol), et le "E" se prononce "é" (encore comme en espagnol). Une double consonne indique une consonne "sautée".

4 commentaires:

  1. J'en trouve environ 1/3 seulement en première lecture malgré tous les indices. Va falloir s'accrocher :-)

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    1. Oui, c'est un coup de main à prendre (on finit par s'habituer à leur façon de représenter les sons anglais).
      Cela dit, quand on voit ça on comprend pourquoi ils sont super durs à comprendre quand ils parlent anglais.

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  2. catalogue
    digital live
    vidéocâble ?
    audiocâble ?
    access
    high-power et highspeed
    ruter
    digital push ?
    memory
    graphic
    option
    …..

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  3. Pas mal du tout. Voici les solutions.

    - Pour le corps de la page :
    Digital Life (je suppose, mais "Live" pourrait aussi aller)
    I-O Data Catalogue
    Television ("Terebi" est l'abbréviation)
    Personal Computer ("Pasocon" est là aussi une contraction)
    Access
    High vision (je suppose)
    High power & high speed
    LAN router
    File access
    Hard disk
    Digital capture ("Deji" est l'abbréviation de "digital")

    - L'index sur la droite :
    Video capture
    Audio capture
    Digital tuner
    Media player

    Hard disk
    Portable
    Interface

    Personal use
    Business use

    Network
    Analog modem
    Card reader

    Blue-ray drive
    DVD drive
    Software

    Memory
    Memory card
    Reader - writer

    Display
    Graphic
    Wide model
    Square model
    Touch panel
    Converter
    Option

    Service
    Homepage

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