Quelques jours après le festin sur les rives de la rivière Ôta (le temps de m'en remettre), j'ai décidé que j'allais quand même essayer d'admirer les fleurs de sakura avant qu'elles ne disparaissent (ce qui est d'ailleurs le cas maintenant que j'écris ceci).
Je suis donc allé passer une matinée dans un parc pas loin de l'université qu'on m'avait conseillé. Le parc s'appelle ike no ue (池の上) qui signifie "au dessus de l'étang" parce que... ben... c'est juste au-dessus d'un étang. Ils ne sont pas forcément très forts pour donner des noms originaux, mais au moins ça permet de situer facilement lequel. Nous on lui aurait donné un nom plus chic mais ici ils s'épargnent le dialogue
"Hier, je suis allé au parc St Tryphon-les-cueillettes..."
"C'est où ça ?"
"C'est celui qui est juste au-dessus de l'étang."
"Ah, oui, je vois."
en allant directement à l'essentiel.
Il faut savoir que cette photo est prise depuis la rive est de l'étang. Moi j'arrivais par la route principale qui est sur la droite de la photo, depuis l'université qui est à l'ouest de l'étang, c'est-à-dire complètement derrière le parc et la colline... Sur le chemin, il y a un moment où l'on est juste en face du parc, on voit le gros paquet d'arbres en fleurs, et on se dit qu'on est arrivé. Seulement il y a une barrière le long de la route. Certes, elle ne dépasse pas 50 cm, mais c'est quand même une barrière, et ici je ne me risque pas à enjamber les barrières. Du coup j'ai continué à longer la route jusqu'à trouver une ouverture :
En rouge, c'est le chemin qu'on prendrait en France, et dans la plupart des autres pays d'ailleurs. On enjambe la barrière, on descend un peu entre les arbres au bord de la route, et hop on est arrivé. En vert, c'est le chemin des gens civilisés (dont j'essaie de faire partie ici). Ça arrive au même endroit, mais ça prend 20 minutes de plus. Il y a un chemin intermédiaire, pour ceux qui arrivent en voiture, qui longe l'étang par le nord et l'ouest, mais comme il n'y a pas de trottoir sur le segment de la route principale au parking, ce n'est clairement pas le chemin correct quand on est à pied.
Du coup, 20 minutes plus tard, je suis arrivé au parc.
Comme il faisait très beau, ça valait vraiment le détour (et ce n'est pas juste une expression...). J'y suis allé en semaine (jeudi matin) pour qu'il n'y ait pas trop de monde et parce que, quitte à réfléchir tout seul, autant que ce soit à l'ombre des fleurs de cerisier plutôt que dans mon bureau. Il y avait quand même des gens un peu partout qui étaient venus souvent en groupe pour pique-niquer (mais plus classique que la fois précédente, avec moins de matériel et moins de saké).
Il y avait un groupe d'une trentaine de personnes qui était en train de s'installer quand je suis arrivé. Je n'ai pas trop compris ce qu'ils faisaient parce qu'ils ont commencé par passer une heure à se présenter à tour de rôle (un peu comme si c'était les alcooliques anonymes qui faisaient leur première réunion après le WE de Hanami). Ils se sont tous assis autour d'une grande bâche bleue, il y en a un qui a fait un petit discours au centre puis chacun son tour ils se sont levés et on dit quelques trucs qui faisaient plus ou moins rire les autres (donc ce n'était probablement pas les alcooliques anonymes, ou alors ils sont vraiment cruels au Japon). Après être tous passés, ils ont commencé à manger et sont partis assez vite (ils ont passé nettement moins de temps à manger qu'à se présenter).
De mon côté j'avais apporté un livre d'exercices de japonais et un bloc pour faire un peu de recherche aussi (c'est d'ailleurs très agréable de réfléchir dans un cadre pareil et j'ai fait quelques progrès sur une question qui n'a malheureusement pas avancé depuis).
Comme j'étais appuyé contre un arbre le long d'un chemin en regardant les arbres avec mon crayon et mon bloc, une dame qui passait à côté s'est approchée et a regardé mon bloc en me demandant quelque chose. Sur le coup je n'ai rien compris (comme toujours) et puis finalement j'ai réalisé qu'elle pensait que j'étais en train de dessiner et qu'elle me demandait si elle pouvait voir mon dessin. Elle a dû être très déçue en voyant mes gribouillis qui ne ressemblaient pas du tout à des arbres en fleur.
Si les cerisiers étaient bien évidemment les vraies stars de la journée (et pas juste un prétexte ce coup-ci), il y avait aussi quelques animaux intéressants. En particulier, un drôle d'insecte m'a tourné autour tout du long. J'ai d'abord cru que c'était une sorte d'abeille à cause de la couleur, mais en y regardant de plus près, il s'est avéré que c'était une mouche qui s'était déguisée en abeille :
Et puis en repartant j'ai croisé un type qui promenait une drôle de poule à crête (à moins que ce soit la poule qui promenait le type). À force de devoir absolument avoir un hobby, il y en a qui finissent par en trouver de bien étranges.

