jeudi 5 juillet 2012

Bingo !

La semaine dernière, il y a eu une soirée d'accueil pour les étudiants étrangers de la section "Engineering" de l'université. Je crois que je n'étais pas vraiment invité parce que je ne suis pas étudiant, mais au moins je suis dans la bonne section. J'ai entendu parler de la soirée par des amis indiens (qui eux sont étudiants) qui devaient chanter une chanson pour l'occasion. J'ai donc décidé d'y aller, ne serait-ce que pour écouter leur chanson (qui avait l'air assez ridicule).

Je savais l'heure à laquelle c'était mais pas exactement le lieu. Cependant, en suivant un flot d'étrangers, j'ai fini par arriver au bon endroit. À l'entrée j'étais un peu inquiet parce qu'il fallait passer par une table d'accueil où on recevait un badge et une pochette avec quelques documents. Comme je n'étais probablement pas sur leurs listes j'ai essayé de passer en douce mais finalement quelqu'un est venu me demander de passer à l'accueil (il y avait une armée d'organisateurs, c'était difficile de tous les éviter). Finalement ça n'a pas posé de problème parce qu'il suffisait d'écrire soi-même son nom sur un badge et on recevait automatiquement la pochette.

À l'intérieur, il y avait pas mal de monde (je dirais une petite centaine, principalement des étudiants et les extras comme moi ou les familles de certains) et un buffet réparti sur plusieurs tables à travers la salle :
La soirée elle-même était assez agréable puisqu'en plus du buffet, j'ai pu discuter avec pas mal de monde, dont plusieurs personnes que j'avais déjà croisées par-ci par-là dans l'université mais sans avoir vraiment eu l'occasion de leur parler. Il y a ensuite eu quelques animations : un étudiant Bulgare a fait un discours pour présenter son pays, un groupe de chinois a fait une démonstration de chant et danse, et les deux indiens ont fait leur chanson (qui était un peu un désastre parce qu'ils n'avaient presque rien préparé). Puis il y a eu un Bingo.

En effet, dans la pochette qui nous avait été distribuée à l'entrée, en plus de documents présentant l'université et les paroles des chansons chantées pendant la soirée il y avait une carte de Bingo pour chacun. Je n'ai pas le souvenir d'avoir jamais joué au bingo, mais comme là j'étais coincé dans une salle avec une grille de 24 numéros (5x5 avec une case "joker" au centre) dans la main et un type qui piochait des billes numérotées dans une urne, j'ai coché les numéros comme tout le monde.

Au bout de quelques tirages, certaines personnes ont commencé à s'agiter et à lever la main, parce qu'ils avaient apparemment complété une ligne. Les organisateurs ont alors demandé aux personnes qui avaient une ligne (ou colonne ou diagonale) pleine de venir se placer devant l'estrade au fur et à mesure. Ma grille a très mal commencé (surtout en comparaison de mes voisins), mais finalement après quelques bons tirages, j'ai fini par compléter la colonne centrale. Je me suis alors dirigé vers l'estrade comme ceux qui y étaient déjà (environ 7-8 personnes à vue de nez).

Sauf que, lorsque je me suis avancé discrètement parmi les autres en montrant ma grille pour justifier ma présence devant l'estrade, un des organisateurs s'est mis à crier "BINGO !!" dans tous les sens. Je n'ai toujours pas compris ce que les autres faisaient-là finalement, mais en tout cas ils n'avaient pas un vrai "bingo". Je me demande si il y a une différence entre les lignes qui passent par la case central et les autres, mais j'ai du mal à croire qu'il y ait eu 8 lignes de 5 numéros avant une ligne de seulement 4 (comme la mienne). J'ai la flemme de faire un calcul précis des probabilités, mais il n'y a que deux fois plus de lignes qui évitent la case centrale (8 = 4 lignes + 4 colonnes, contre 4 qui passent par la case centrale = 1 ligne, 1 colonne, 2 diagonales) et il est quand même nettement plus difficile d'avoir 5 numéros que 4 donc ça ne doit pas être ça non plus.

Toujours est-il qu'à mon grand étonnement j'avais gagné le prix principal de la soirée. Donc ils ont carrément tout interrompu le temps que je vienne sur scène, qu'ils vérifient que je n'avais pas triché, et qu'ils crient à tout va que j'avais un bingo (et un vrai, pas comme tous les autres rigolos). Ils m'ont donc fait choisir parmi une liste de prix. Le problème c'est qu'ils n'avaient que des trucs beaucoup trop gros pour que je les rapporte en France (quand même, ils auraient pu avoir une 3DS ou une PS Vita...). J'ai donc eu à choisir entre un réfrigérateur, des fauteuils, un micro-ondes ou d'autres objets du même genre. J'ai finalement opté pour le micro-ondes parce qu'au moins je pouvais le transporter jusqu'à mon bureau :
Mon nouveau micro-ondes, posé dans mon bureau.
Le bingo a continué jusqu'à ce que presque tous les autres prix aient été distribués. Le dernier a été joué entre tous les gens qui avaient eu le droit de s'avancer mais sans avoir un bingo (je ne sais toujours pas quel critère il fallait remplir) à coups de pierre-papier-ciseaux.

À la fin de la soirée, ils ont en plus donné un sac de petits cadeaux à tout le monde (en échange de la carte de bingo), contenant des sacs, des babioles publicitaires et un assez joli stylo à bille. Résultat, je me suis incrusté dans une soirée où je n'avais peut-être pas vraiment de raison d'être et en plus d'avoir piqué de la nourriture au buffet (ça j'ai l'habitude) j'ai l'impression d'avoir volé un micro-ondes et un sac de petits cadeaux.


mercredi 27 juin 2012

Le concert

Chose promise, chose due, voici le dernier épisode du cycle Gegege no Ge.

Ainsi donc, il y a maintenant quelques semaines, je suis finalement allé au concert de l'école de batterie :
Le titre est "DORAMUSUKUURUKONSAATO", soit "Drum School Concert"

En fait je suis arrivé en retard parce que je suis d'abord rentré chez moi, puis je devais aller les rejoindre dans la distillerie de saké où le concert avait lieu (Saijo est très réputé pour ses nombreuses distilleries de saké donc tous les événements ont lieu là-bas). Sauf que comme j'étais crevé (à cause de la nuit chez Eiji relatée précédemment) je me suis endormi et ne me suis réveillé qu'après le début du concert.
Évidemment, en y allant, je me suis perdu dans les rues de Saijo (moi si ce n'est pas la rue principale qui va à la gare, je ne connais pas) mais grâce aux merveilles technologiques que sont les téléphones d'aujourd'hui on ne peut plus être vraiment perdu (même à l'autre bout du monde, dans un pays où l'on n'arrive même pas à lire les noms des rues). Du coup, en me repérant au GPS qui m'a fait passer par des petits chemins tellement perdus que j'ai probablement dû traverser quelques jardins de propriétés privées, j'ai fini par arriver. L'avantage quand on va voir un concert de batterie c'est que quand on commence à s'approcher du but la fin est facile parce qu'on peut se guider à l'oreille.

Comme le nom l'indique (une fois qu'on a déchiffré les kanas, et retranscrit le tout en anglais), c'était un petit concert de démonstration d'élèves d'une école de batterie de quartier (à Saijo, tout est "de quartier" parce que même la ville elle-même a la taille d'un quartier). Donc le public (environ 60 personnes tout de même) n'était composé que de famille ou amis proches des élèves ou organisateurs... et moi.

Comme d'habitude, je n'avais rien à faire là mais tout le monde semblait très content que je sois venu. J'étais bien entendu le seul non-japonais, mais pour plusieurs des enfants présents j'étais même le premier non-japonais qu'ils rencontraient donc ils étaient très curieux et demandaient à leurs parents de les accompagner pour venir me parler ("dis maman, qu'est-ce que ça mange un français ?"). C'était super marrant (et mignon) parce que les enfants essayaient de me dire des trucs tout simples, et demandaient à leurs parents comment dire telle ou telle chose en anglais. Ça ne dépassait pas "hello, my name is ..." mais c'était vraiment adorable). Moi j'essayais de leur dire des choses simples en japonais et ça les faisait bien rire.

Le concert proprement dit était assez sympa parce que les chansons étaient très variées. Ça allait de groupes américains ou anglais comme Aerosmith ou les Rolling Stones à de la pop japonaises comme une chanson du groupe AKB48 (un girls band composé de 48 filles qui chantent sur des chorégraphies absurdement ridicules en bikini, ici interprété par seulement 10 filles qui n'étaient même pas en bikini mais qui avaient l'air de bien s'amuser), en passant par des choses plus expérimentales comme de la musique traditionnelle redynamisée à la batterie ou la fameuse chanson en français de Clémentine.

Comme j'étais en retard, j'ai raté les deux chansons auxquelles Tamayo participait qui étaient tout au début, mais je suis tout de même arrivé avant Gegege no Ge :

Le son n'est pas terrible sur la video donc on n'entend pas vraiment les paroles en français, mais ce sont plus ou moins (aux détails de prononciation près) les mêmes paroles que la vidéo du message précédent.

Évidemment, à la fin de la chanson, l'animatrice du concert m'a demandé mon avis (pour une fois c'était assez normal de me demander, même si elle parlait beaucoup trop vite pour que je comprenne vraiment ce qu'elle me disait). J'ai balbutié quelque chose indiquant que c'était très bien, et tout le monde était très content.


Après le concert proprement dit, il y avait un repas avec des animations. En particulier, il y a une une séance de "quizz". Je n'ai presque rien compris parce que non seulement, bien évidemment, les questions étaient en japonais mais surtout ce n'étaient pas de simples questions de culture générale mais des devinettes reposant en général sur un jeu de mots ou une double interprétation de kanjis (donc même quand quelqu'un donnait la bonne solution, tout le reste de la salle se mettait à discuter pour comprendre pourquoi c'était la bonne réponse). Moi je n'ai pas vraiment cherché à comprendre, mais c'était adorable parce que tout le quizz était animé par une petite fille d'environ 4-5 ans hyper dynamique qui avait l'air de beaucoup s'amuser.

Cela dit le principe était étrange parce que, si j'ai bien compris (ce qui n'est peut-être pas du tout le cas), la personne qui répondait correctement devait aller sur scène et recevait un gage, qui consistait la plupart du temps à devoir imiter quelque chose. Les différentes choses à imiter étaient très diverses puisqu'il y a eu par exemple un cycliste (facile), une girafe (moins facile) et même une bouteille de bière (là c'est carrément difficile). Quoi qu'il en soit, le fait de motiver les gens à répondre au quizz en les forçant à imiter un truc impossible si ils trouvent la bonne réponse ne me semble pas naturel.
Après épuisement des questions du quizz (ou quand ça avait duré assez longtemps), il restait encore plein de gages à piocher donc la petite présentatrice est passée à travers la salle en distribuant les gages restant à tout le monde. J'ai dû imiter un alpaga (ou plus exactement un "ARUPAKA" comme disait mon carton), ça n'a pas été un grand succès mais je n'ai pas forcément été plus ridicule que les autres.

lundi 18 juin 2012

Je suis dans le journal !

Juste une petite note pour signaler que je suis maintenant une star au Japon puisque j'apparais sur le site web de la ville d'Higashi-Hiroshima (attention, pas la vraie ville d'Hiroshima, le petit bled à l'est) !

Les photos sont pourries (je ne savais pas que, depuis la fin des années 90, des sites webs mettaient encore des photos aussi petites, non-zoomables) mais c'est bien moi sur la photo en bas à gauche du groupe de 4 (en résolution de 200x133 pixels, soit environ deux fois moins de pixels qu'un écran de Doom et à peine 1.4 fois plus que sur un écran de Game Boy) :
Samedi, on est allé dans une brasserie de saké (sakagura) à Saijo, voir un tout petit concert d'automates à mi-chemin entre la boîte à musique et l'orgue de barbarie (c'est nettement plus gros que ce qu'on considère comme une boîte à musique, et ça lit les morceaux sur un ruban de papier perforé, mais le son est produit par des petites lames de métal et non pas un souffle dans des tuyaux). Ici ils appellent ça un "Orugooru", du néerlandais "Orgel" et le terme couvre toutes les tailles et formes de boîtes à musique (donc un son produit par des lames de métal).

La plupart des mélodies étaient jouées sur l'instrument principal construit dans un tonneau à saké :
(cette photo est prise avec mon téléphone, elle est moche, prise à la va-vite avec des mauvais réglages, mais elle est finalement bien meilleure que celles de l'équipe de journalistes avec leurs appareils professionnels qui étaient là et qui ont uploadé des images en format timbre-poste sur le site)

On peut passer deux partitions à la fois, contrôlées chacune par une manivelle indépendante. Du coup c'est l'horreur à synchroniser. Comme j'étais le seul occidental dans l'assistance (et qu'ils m'avaient fortement incité à m'asseoir au premier rang), ils nous ont demandé de faire une démonstration (forcément puisque, rappelez-vous, mon expérience est toujours plus intéressante que celle des autres), d'où la photo sur la page web. Au fond, heureusement que la photo est très mauvaise parce qu'on est super crispé, occupé d'une part à essayer de déterminer le rythme auquel on est censé passer le morceau mais surtout à surveiller l'autre pour voir si on va à la même vitesse (et à comparer l'avancement du rouleau de papier pour essayer au moins de finir en même temps). Je crois que ce n'était pas super réussi, mais je n'en sais pas grand chose parce que je n'ai pas beaucoup écouté la mélodie pendant que j'activais ma manivelle.

Les autres morceaux étaient joués par le propriétaire de l'instrument (sur la photo précédente) et une compositrice qui avait écrit une partie des pistes qui l'aidait quand il fallait deux personnes. Dans l'ensemble je ne connaissais pas les morceaux puisqu'une partie était inventée pour l'occasion et l'autre partie était piochée dans le folklore japonais (de la pop, de l'enka, et un morceau de Joe Hisaishi dans la bande-son du Voyage de Chihiro, le seul que j'aie reconnu).

Il y avait une vielle dame assise à côté de moi qui a été monstrueusement enthousiaste pendant tout le concert. Elle applaudissait à elle toute seule plus fort que tout le reste de l'assistance (on n'était qu'une trentaine cela dit) et faisait des montagnes de commentaires à la fin de chaque morceau en faisant une analyse d'artiste sous l'emprise de substances hallucinogènes (quand le titre de morceau se rapportait à des arbres, elle disait que chaque note rappelait le son d'une plante qui pousse, ou la couleur des feuilles qui jaunissent, enfin, ce genre de choses à chaque fois).

Dans l'ensemble c'était amusant mais rien de bien fantastique. Mais comme ils m'ont collé sur le site web de la ville, il fallait bien que j'en parle.

Edit : Apparemment c'est aussi passé en video sur les infos locales. Je suis surpris de découvrir qu'il y a des gens qui regardent les infos locales de Saijo, surtout quand ça parle d'un minuscule concert de boîtes à musiques, mais il y a des gens à l'université qui nous ont reconnu...

samedi 9 juin 2012

Dude, where's my kuruma?

Ainsi, je suis allé chez un ami de Tamayo samedi dernier. Finalement, ce n'était pas l'amie de la chanson, et c'était un garçon (qui s'appelle Eiji). Évidemment, nous ne nous connaissions pas du tout, mais il a été exceptionnellement accueillant, même pour des standards japonais.

Il avait préparé plein de cuisine japonaise, et comme d'habitude voulait connaître mon opinion sur chaque plat (je me sens comme Hansel et Gretel parfois, je me demande si ils envisagent de me dévorer avant mon départ).
Il y avait aussi plein de boissons : de très bons sakés (je le crois sur parole parce que moi je n'aime toujours pas ça), des vins un peu plus douteux (je ne m'y connais pas autant que ce qu'ils attendent d'un français, mais assez pour savoir que le vin rouge chinois que j'ai bu n'était pas bon du tout) et du très bon umeshu artisanal fait par la mère de Tama (d'ailleurs il faut que je pense à en préparer en rentrant en France).

À chaque fois qu'Eiji découvrait que je connaissais quelque chose de la culture japonaise, il se précipitait pour me serrer la main et me remercier constamment de l'intérêt que je porte au pays (y compris pour des choses qui ne cassent pas des briques, comme par exemple utiliser des baguettes). Du coup évidemment quand j'ai fait le malin en parlant d'une chanson d'enka (un type de chanson japonaise qui est à mi-chemin entre de la variété et de la musique traditionnelle, comme par exemple la chanson The Flower of Carnage sur la bande son de Kill Bill Vol. 1 pour ceux qui la connaissent) et que j'en ai chanté le refrain (j'aime vraiment bien la chanson, et je l'avais beaucoup écoutée il y a quelques semaines, assez pour finir par en apprendre quelques paroles) il est carrément tombé à genoux et m'a remercié comme si j'avais sauvé son enfant de la noyade.
Ensuite, il s'est précipité au premier étage et m'a rapporté une pile d'une bonne dizaine de DVD sur la culture japonaise. Malheureusement c'est tout en japonais, et donc ça doit être assez spécialisé puisque ça s'adresse aux japonais (je pense que ça présente des particularités culturelles des différentes régions dans un peu tous les domaines). J'ai fini par lui dire que je comprendrais probablement pas grand chose donc j'ai réussi à m'en sortir avec seulement 2 DVD à emporter ("Ah... c'est le quart de ça qu'il faut transporter ?"). En fait au final en repartant le lendemain j'ai oublié les DVD, mais je suis retourné chez lui depuis et j'en ai quand même pris un que je n'ai pas encore regardé.
La soirée a continué comme ça pendant un moment (Eiji passant la plupart du temps à genoux presque en pleurs à me remercier pour tout ce que je faisais) et puis ils ont décidé d'appeler un autre ami. Un français qu'ils surnomment "Dada" (ils ne savaient pas pourquoi, mais c'est simplement parce que son prénom est Damien) en post-doc à l'université depuis deux ou trois ans.
Là ça a pris un tournant assez surréaliste.

Eiji habite près de la gare de Saijo (Saijo étant le petit bled où se trouve l'université d'Hiroshima qui n'est pas du tout à Hiroshima même) donc on est allé chercher Dada et sa copine Gan (une japonaise, qui d'ailleurs ne voulait pas venir au début, mais Tama lui a dit qu'elle pourrait me voir et que j'étais français, sur quoi Gan a demandé si j'étais un garçon ou une fille, et quand elle a appris que j'étais un garçon a dit qu'elle arrivait tout de suite). Ils étaient déjà bien avancés en termes d'alcoolémie quand on les a récupérés à la gare. Le plus marrant c'est que dans le train, ils avaient rencontré (d'après leurs dires qui n'étaient pas toujours super compréhensibles, d'autant que pour être tout à fait franc je n'étais pas parfaitement clair non plus) un type qu'ils avaient décidé de ramener aussi chez Eiji.

Le gars en question avait l'air très sympa. Il s'appelait "Angel" ou quelque chose comme ça. J'ai cru qu'il était japonais (en tout cas il parlait très bien japonais et anglais) mais j'ai appris plusieurs jours plus tard en en reparlant avec Eiji qu'il était Taiwanais. Quoi qu'il en soit, il avait l'air moins cuit que les deux autres, mais il était très content de venir se joindre à nous, dans une soirée de gens bourrés qu'il ne connaissait pas du tout (il connaissait Dada et Gan depuis 15 minutes, recontrés dans un wagon de train alors qu'ils étaient saouls) dans une maison quelque part derrière la gare. Mais apparemment ça au Japon ça ne gêne personne.

C'était assez bizarre parce que du coup, pendant le reste de la soirée, il était là avec nous mais il ne disait pas grand chose. C'était un peu comme s'il était venu voir un spectacle (mais le genre de spectacle où l'on rentre sans savoir de quoi ça parle). Le lendemain, je me suis même demandé s'il avait vraiment existé (d'autant que Tama avait complètement oublié qu'il avait été là).

Pendant ce temps, Dada (qui est assez spécial quand il est bourré, et je ne l'ai rencontré que comme ça) essayait de faire du judo avec un peu tout le monde, s'asseyait sur les toilettes entièrement nu avec la porte grande ouverte (ça a marqué les gens présents à tel point que par la suite ils m'ont demandé si c'était courant comme façon de faire en France, tout au moins quand on avait un peu trop bu) et proposait aux filles de faire des trucs assez louches (dont l'une était sa copine mais n'avait tout de même pas l'air si emballée que ça), dans un japonais un peu primitif mais suffisant pour exprimer ce qu'il avait à dire.

Voilà, après je ne peux pas vraiment raconter en détails tout ce qui s'est passé, d'une part parce que je ne me souviens pas de tout (et qu'il y a des choses dont je me souviens mais dont j'ai du mal à me convaincre qu'elles aient vraiment eu lieu) et d'autre part parce que ce ne serait pas toujours décent. Quoi qu'il en soit, tout s'est bien terminé.

Le lendemain matin Dada, Gan et Angel avaient disparu (dans le cas d'Angel, il reste un léger doute sur le fait qu'il ait véritablement été là, et son prénom ne fait qu'ajouter du doute). Eiji m'a encore remercié longuement d'être venu (ben oui, parce qu'ici non seulement ils sont super accueillants mais en plus c'est comme si c'était nous qui leur rendions un immense service en venant manger, boire et mettre le bazar chez eux). Et je suis reparti avec le sentiment d'avoir passé une soirée dans une de ces comédies américaines un peu surréalistes (genre The HangoverDude, Where's my Car? ou Harold and Kumar go to Whitecastle).

L'après-midi, je suis allé au concert de l'école de batterie... mais ceci est une autre histoire.

vendredi 1 juin 2012

Gué gué gué no gué

Je n'ai pas été très bavard ces derniers temps (en gros j'ai zappé tout le mois de mai), mais comme je suis rentré deux semaines en France je n'avais pas grand chose de spécial à raconter.
Je suis maintenant de retour, et à peine arrivé, paf, il m'arrive plein de choses !


En fait ça a même commencé avant mon retour puisqu'alors que j'étais encore en France j'ai reçu un mail d'un professeur de l'équipe (Imai) me demandant si je pouvais, à mon retour aider l'amie d'une amie qui doit chanter une chanson en français pour un concert. Le mail ne disait pas grand chose de plus sur les personnes impliquées ni sur le concert, mais il y avait un lien vers une video de la chanson :


En cherchant quelques informations sur Internet, j'ai appris que la chanteuse (Clémentine) est une française qui chante des chansons pour enfants au Japon. Elle est apparemment très connue ici. La chanson est une traduction du générique d'un très vieux dessin animé appelé "Gegege no Kitaro", tiré d'un manga de 1959. Ce sont apparemment des histoires de monstres et fantômes du folklore japonais.

J'ai bien sûr répondu que je serai ravi de pouvoir aider (et puis si ça me fait rencontrer des gens c'est toujours intéressant). Une fois rentré, Imai m'a alors emmené voir une fille de l'administration de l'université (qui s'appelle Tamayo) qui doit aussi participer au concert (mais qui ne chante pas). Après une longue conversation en japonais (entre eux, moi je n'ai rien dit et presque rien compris) il m'a dit qu'elle proposait de m'emmener mercredi soir à la répétition pour que je rencontre l'autre amie, celle qui doit chanter en français. Dans la foulée, Tamayo proposait aussi de m'inviter à dîner avant. Moi, comme toujours, quand on me propose d'aller manger, j'accepte (en plus là c'est avec une fille plutôt jolie alors c'est encore mieux).


Mercredi soir, comme prévu (après un bref échange de mails pour fixer les détails) elle est passée me chercher à l'université. J'étais un peu inquiet parce que lors de la première conversation, elle n'avait parlé que japonais, et c'est Imai qui avait servi d'intermédiaire pour m'expliquer un peu ce qui se passait en anglais. Finalement il s'avère que Tamayo parle très bien anglais donc ça n'a pas été trop compliqué. Le dîner était très sympa puisqu'on est allé manger des sushis et qu'elle m'a fait goûter un peu tout ce qu'il y avait de marrant à mettre dessus. Puis on est allé à la répétition.

Là c'était assez étrange parce que le rendez-vous était dans le parking souterrain derrière la gare. Or j'avais beau être au Japon, le pays où l'on ne se sent jamais en danger (sauf quand les forces naturelles se déchaînent), quand je me suis retrouvé en pleine nuit dans le fond d'un parking souterrain avec une personne que je ne connaissais que depuis 2 heures marchant vers un groupe de 3 types au look un peu grundge (qui est à la fois un look de musiciens et de gangs), je me suis rappelé que dans toutes les scènes de ce genre au cinéma il est question de tueurs à gage, de mallettes pleines de billets ou de drogue (en plus il y avait même des étuis à guitare ! ça non plus c'est pas bon signe). Et en général ça ne finit pas bien pour tout le monde.

Finalement tout s'est très bien passé : l'échange de drogue a eu lieu sans incident, les otages ont tous survécu et les yakuzas m'ont laissé repartir en ne me coupant qu'une phalange. Bref, un dénouement heureux... dans le film d'action qui se déroulait dans ma tête.

Pendant ce temps, dans la réalité, les trois musiciens qui étaient là m'ont proposé des biscuits et du café, et on a un peu discuté (en fait ils ont surtout discuté entre eux en me posant quelques questions très simples parce qu'ils ne parlaient pas anglais). J'ai appris que le concert en question (à propos duquel je ne savais toujours rien) était un concert d'une école de batterie et que les autres musiciens (Tamayo comprise) étaient là pour donner un coup de main et les accompagner.

La fille qui devait chanter la chanson de Clémentine est arrivée un peu plus tard, et nous sommes entrés dans la salle de répétition, qui se trouvait dans le fond du parking (d'où le sinistre rendez-vous qui ne l'était plus du tout à ce stade-là). Elle m'a posé quelques questions de prononciation mais elle avait déjà fait la plupart du travail. C'était assez rigolo parce qu'elle avait une feuille sur laquelle les paroles en français étaient accompagnées d'une transcription phonétique en hiragana. C'était un peu approximatif mais quand elle a chanté la chanson j'ai pu comprendre le sens des phrases (que j'avais déjà lues, certes, mais plusieurs jours plus tôt et dont je ne me souvenais pas vraiment).

Il est intéressant de noter que les japonais ne sont pas forcément bloqués, comme la plupart des autres étrangers avec qui j'ai pu parler de prononciation française, par les terrifiantes nasales "an", "on" et "in", mais plutôt par les consonnes successives. On a par exemple passé cinq bonnes minutes sur la prononciation du début de "vraiment". Comme plus ça avançait et plus la prononciation devenait dure (ça tournait au "vRRRaiment"), j'ai fini par lui dire qu'il valait mieux adoucir la prononciation, quitte à faire sauter des sons (donc elle chantera probablement "vaiment", ce qui choque moins que "vRRRaiment").
Je suppose qu'il n'y a pas beaucoup de japonais qui arrivent à apprendre le tchèque.

Après ces quelques explications, pas bien longues, j'ai assisté au reste de la répétition (qui était principalement concentrée sur le travail d'une chanson qui n'était pas Gegege no ge). Puis je suis rentré avec Tamayo.


L'histoire ne s'arrête pas là. En effet, le lendemain (donc hier), j'ai reçu un mail de Tamayo m'invitant non seulement à assister au concert dimanche soir (ce qui ne m'a pas tellement surpris d'autant qu'on en avait discuté), mais surtout à aller prendre l'apéritif et dîner chez un ou une de ses ami(e)s samedi. Le genre est assez difficile à déterminer parce que comme il n'y a pas de genre en japonais, sauf si on veut le préciser explicitement, ils ont tendance à mettre "his" ou "he" en anglais même quand il s'agit d'une fille. En fait il est même probable que ce soit toujours la même amie, celle qui chante la chanson, mais je n'en suis pas certain. Le truc amusant (jusque là, ce n'est toujours pas exceptionnel), c'est que comme l'amie habite un peu loin et qu'il est question de boire de l'umeshu (entre autres), on ne peut pas rentrer en voiture donc je suis d'office invité à dormir chez l'ami(e) en question ("viens chez moi, j'habite chez une copine").
Du coup, je ne sais pas trop chez qui je vais, ni qui sera présent, ni ce qu'on est censé y faire, mais comme je suis au Japon, j'accepte et on verra bien ce qui se passe. Après tout, je suis déjà parti dans des situations encore plus floues avec des gens que je connaissais encore moins (mais toujours au Japon) et ça s'est toujours très bien passé (cf. par exemple l'histoire des lapins ou mon séjour à Tokyo dans une famille que je ne connaissais que très très indirectement).

J'aurai probablement l'occasion de raconter d'autres histoires à ce sujet (par contre, si je ne re-poste rien pendant un mois, appelez la police !).

mardi 24 avril 2012

Hanami encore (mais où l'on regarde vraiment les fleurs ce coup-ci)

Quelques jours après le festin sur les rives de la rivière Ôta (le temps de m'en remettre), j'ai décidé que j'allais quand même essayer d'admirer les fleurs de sakura avant qu'elles ne disparaissent (ce qui est d'ailleurs le cas maintenant que j'écris ceci).

Je suis donc allé passer une matinée dans un parc pas loin de l'université qu'on m'avait conseillé. Le parc s'appelle  ike no ue (池の上) qui signifie "au dessus de l'étang" parce que... ben... c'est juste au-dessus d'un étang. Ils ne sont pas forcément très forts pour donner des noms originaux, mais au moins ça permet de situer facilement lequel. Nous on lui aurait donné un nom plus chic mais ici ils s'épargnent le dialogue
"Hier, je suis allé au parc St Tryphon-les-cueillettes..."
"C'est où ça ?"
"C'est celui qui est juste au-dessus de l'étang."
"Ah, oui, je vois."
en allant directement à l'essentiel.
Il faut savoir que cette photo est prise depuis la rive est de l'étang. Moi j'arrivais par la route principale qui est sur la droite de la photo, depuis l'université qui est à l'ouest de l'étang, c'est-à-dire complètement derrière le parc et la colline... Sur le chemin, il y a un moment où l'on est juste en face du parc, on voit le gros paquet d'arbres en fleurs, et on se dit qu'on est arrivé. Seulement il y a une barrière le long de la route. Certes, elle ne dépasse pas 50 cm, mais c'est quand même une barrière, et ici je ne me risque pas à enjamber les barrières. Du coup j'ai continué à longer la route jusqu'à trouver une ouverture :
En rouge, c'est le chemin qu'on prendrait en France, et dans la plupart des autres pays d'ailleurs. On enjambe la barrière, on descend un peu entre les arbres au bord de la route, et hop on est arrivé. En vert, c'est le chemin des gens civilisés (dont j'essaie de faire partie ici). Ça arrive au même endroit, mais ça prend 20 minutes de plus. Il y a un chemin intermédiaire, pour ceux qui arrivent en voiture, qui longe l'étang par le nord et l'ouest, mais comme il n'y a pas de trottoir sur le segment de la route principale au parking, ce n'est clairement pas le chemin correct quand on est à pied.

Du coup, 20 minutes plus tard, je suis arrivé au parc.

Comme il faisait très beau, ça valait vraiment le détour (et ce n'est pas juste une expression...). J'y suis allé en semaine (jeudi matin) pour qu'il n'y ait pas trop de monde et parce que, quitte à réfléchir tout seul, autant que ce soit à l'ombre des fleurs de cerisier plutôt que dans mon bureau. Il y avait quand même des gens un peu partout qui étaient venus souvent en groupe pour pique-niquer (mais plus classique que la fois précédente, avec moins de matériel et moins de saké).
Il y avait un groupe d'une trentaine de personnes qui était en train de s'installer quand je suis arrivé. Je n'ai pas trop compris ce qu'ils faisaient parce qu'ils ont commencé par passer une heure à se présenter à tour de rôle (un peu comme si c'était les alcooliques anonymes qui faisaient leur première réunion après le WE de Hanami). Ils se sont tous assis autour d'une grande bâche bleue, il y en a un qui a fait un petit discours au centre puis chacun son tour ils se sont levés et on dit quelques trucs qui faisaient plus ou moins rire les autres (donc ce n'était probablement pas les alcooliques anonymes, ou alors ils sont vraiment cruels au Japon). Après être tous passés, ils ont commencé à manger et sont partis assez vite (ils ont passé nettement moins de temps à manger qu'à se présenter).
De mon côté j'avais apporté un livre d'exercices de japonais et un bloc pour faire un peu de recherche aussi (c'est d'ailleurs très agréable de réfléchir dans un cadre pareil et j'ai fait quelques progrès sur une question qui n'a malheureusement pas avancé depuis).
Comme j'étais appuyé contre un arbre le long d'un chemin en regardant les arbres avec mon crayon et mon bloc, une dame qui passait à côté s'est approchée et a regardé mon bloc en me demandant quelque chose. Sur le coup je n'ai rien compris (comme toujours) et puis finalement j'ai réalisé qu'elle pensait que j'étais en train de dessiner et qu'elle me demandait si elle pouvait voir mon dessin. Elle a dû être très déçue en voyant mes gribouillis qui ne ressemblaient pas du tout à des arbres en fleur.

Si les cerisiers étaient bien évidemment les vraies stars de la journée (et pas juste un prétexte ce coup-ci), il y avait aussi quelques animaux intéressants. En particulier, un drôle d'insecte m'a tourné autour tout du long. J'ai d'abord cru que c'était une sorte d'abeille à cause de la couleur, mais en y regardant de plus près, il s'est avéré que c'était une mouche qui s'était déguisée en abeille :
Et puis en repartant j'ai croisé un type qui promenait une drôle de poule à crête (à moins que ce soit la poule qui promenait le type). À force de devoir absolument avoir un hobby, il y en a qui finissent par en trouver de bien étranges.


mercredi 18 avril 2012

Hanami

Depuis un peu plus de deux semaines maintenant, les cerisiers sont en fleurs.

Il faut savoir qu'ici, la floraison des cerisiers (appelés "sakura") c'est tout un événement. C'est la cinquième fois que je viens au Japon, mais la première fois que j'y suis à cette période de l'année. Or à chacune de mes visites précédentes, plusieurs personnes ont trouvé le moyen de me dire que c'était bien dommage que je ne sois pas là pour la floraison des sakuras, parce que quand même tout est beaucoup plus beau à cette période. Cette fois-ci, j'étais donc très impatient de vivre cet événement.
J'avais initialement l'intention de voir ça à Hiroshima d'abord, puis d'aller à Kyoto ou Tokyo la semaine suivante pour en profiter encore plus. Cependant, comme tout le Japon et tous les touristes du monde veulent visiter ces grandes villes au même moment, tous les hôtels sont complets (même en ayant triplé leurs tarifs habituels) et j'ai donc décidé que je resterai ici. Il y avait tout de même de quoi faire dans le coin, donc ce n'est pas bien grave.

Le printemps et les sakuras donnent l'occasion de se regrouper pour "hanami", c'est-à-dire littéralement "regarder les fleurs" (hana (花) signifiant "fleur" et mi (見) étant le radical des verbes "voir", "regarder", etc.). Et justement, Katsunobu, un professeur du département, m'a invité à participer à hanami avec des amis à lui il y a deux semaines.
Je suis donc allé les rejoindre dimanche matin, sur les rives de la rivière Ota, au bord d'un parc à proximité du château (tout ça pour dire que c'était un endroit vraiment joli) :
Arrivé sur place (et même un peu avant, particulièrement en traversant le parc puisque j'arrivais de l'est) j'ai compris que l'ensemble du Japon s'était en fait donné rendez-vous ce jour-là. Le parc, les rives du fleuve et à peu près toute surface couverte d'herbe étaient occupés par des groupes de tous âges qui avaient étalé leur matériel à pique-nique et tout autre dispositif adapté à l'occasion, que ce soit pour jouer, se reposer ou préparer à manger (du coup je suis un peu curieux de savoir à quoi ressemblait le parc d'Ueno qui se trouve en plein centre de Tokyo).

Le groupe qui m'avait invité avait installé une tente, des tables couvertes de choses à manger et à boire quelques grills pour préparer diverses grillades et chauffer du saké, et quelques autres dispositifs.

Bien que je ne connaisse personne, comme j'étais le seul étranger du groupe, quand Katsunobu a commencé à me présenter, tout le monde est venu me voir pour se présenter (ils ont fait ça vite là, je n'ai pas eu les hobbies de tout le monde) puis ils ont voulu me faire goûter de tout.

Je suis plutôt du genre à manger beaucoup dans des circonstances comme celle-ci mais là je dois avouer que je n'ai manqué de rien. Déjà, je ne sais pas où ils gardaient les réserves (parce que sur la photo on ne voir pas vraiment de grosse armoire à provisions, ni de voiture à proximité) mais les tables se remplissaient constamment au fur et à mesure qu'on mangeait ce qu'il y avait dessus (peut-être que la petite tente jaune avait été posée par Mary Poppins et qu'elle recelait d'un stock inépuisable). D'ailleurs je me suis personnellement plus attaché à ce qui se mangeait, mais ceux qui étaient venus boire n'étaient pas en reste non plus.

J'ai dû goûter au moins une vingtaine de sakés (et autres alcools assimilés) différents. Il y avait une table spécialement dédiée aux bouteilles d'alcool (celle autour de laquelle il y a le plus de monde sur la photo de la tente...) sur laquelle les bouteilles étaient continuellement vidées et renouvelées comme par enchantement. Je pense que je peux maintenant vraiment déclarer que je n'aime pas le saké, parce que, bien qu'en ayant goûté différentes sortes, dans différentes conditions (glacés, froids, à température ambiante ou même chauffés au bain-marie), de différents âges, dont apparemment certains très bons et très rares (Katsunobu, qui est un très grand buveur de saké, m'a plusieurs fois expliqué qu'il adorait ces réunions parce qu'elles donnaient l'occasion de trouver une quantité de sakés de grande qualité, ce qui est très rare), je n'en ai vraiment apprécié aucun.

Comme à chaque fois que mon verre était vide, quelqu'un me sautait dessus pour le remplir et que, bêtement, j'ai le réflexe de boire le contenu de mon verre quand il n'est pas vide, j'ai bu plus de saké en une journée que je n'en avais bu le reste de ma vie. D'ailleurs comme le temps était magnifique et que le soleil tapait fort, je suis rentré chez moi avec un mal de tête assez prononcé.

Toutefois, bien que n'ayant pas apprécié l'alcool à sa juste valeur (pas d'umeshu malheureusement, même si tous les japonais à qui je dis que j'adore ça sont très contents de l'apprendre et tous me déclarent qu'ils adorent aussi, mais apparemment pour hanami, c'est du saké), ce qu'il y avait à manger était très bon. Il y avait vraiment un peu de tout, beaucoup de préparations à base de légumes, riz, haricots (même des "pickles" marinés pendant plus de 10 ans), du poisson et de la viande (plusieurs morceaux de cerf, dont celui qui grille sur la photo du barbecue), et même des chamallows à griller pour les enfants :

Tout ceci a duré environ 5 heures (à manger et boire continuellement, sur des tables qui ne désemplissaient pas), de 11h à 16h. À la fin, quand les gens ont commencé à ranger le tout, ils ont vendu aux enchères tout ce qui restait d'ouvert. C'était fait assez rapidement, un type décrivait rapidement le produit ("un quart de bouteille de saké machin-chose") en donnant un prix indicatif, si quelqu'un était preneur il l'avait directement en général, et une fois ou deux il y avait plusieurs volontaires donc le prix montait un peu.
Comme j'étais français, ils ont décidé de me donner d'office un pain qui avait été apporté et pas entamé (quelques autres pains avaient quand même été mangés avec des sauces ou crèmes, avec quelques fromages, et avec trois petites boîtes de terrine que j'avais apportées). J'ai eu beau leur dire qu'ici je n'avais pas grand chose à manger avec du pain (sans fromage et sans charcuterie ça limite un peu), comme il venait d'une boulangerie qui avait une bonne réputation ils ont voulu avoir mon opinion. L'avantage quand on est français au Japon c'est qu'on est tout de suite considéré comme expert en plein de choses. Là pour le pain, ça va encore, je peux distinguer le bon du mauvais (d'ailleurs celui-là était tout à fait acceptable), mais ils veulent avoir mon opinion sur le vin et par extension tous les alcools alors que là pour la peine je suis très mauvais (ils m'ont demandé quel saké je préférais parmi deux qui se ressemblaient et suite à ma réponse (sur un ton très peu convaincu) ils sont partis dans un long débat de "ah, tu vois, il est bien meilleur celui-ci" comme si j'avais finalement tranché de manière indiscutable le débat). Ils m'ont aussi demandé avec appréhension si j'aimais bien le café qu'ils m'avaient servi (alors que je n'aime pas le café de manière générale, donc pour un expert, j'ai tendance à préféré les gros verres de café tout dilué et plein de crème parce que justement on ne sent pas le café) et ce que je pensais du thé (et là, honnêtement, les asiatiques en thé ils se défendent plutôt mieux que nous). Bientôt ils vont me demander des conseils sur la préparation du riz...


C'était donc une journée bien remplie et très agréable. Le temps était beau et tout le monde en profitait. C'était l'image du printemps qu'on ne voit d'habitude que dans les films (parce que là je vous raconte ce qui se passait dans le groupe où j'étais mais il y en avait des dizaines comme ça tout autour de nous).

Et le rapport avec les sakuras ? me direz-vous... Il est assez anecdotique. Notez tout de même sur les photos qu'il y en avait tout le long du fleuve (sur chaque rive) et dans le parc. Mais tout le monde s'en fichait royalement. Le véritable intérêt de hanami ce n'est pas de regarder les sakuras, mais de se regrouper au moment où ils fleurissent. Katsunobu m'a décrit hanami comme étant un "événement synchronisant". L'événement en lui-même (bien que très joli) n'est pas aussi important que l'occasion qu'il donne de faire sortir tout le monde de chez soi le même jour pour y partager nourriture, boisson et toute autre chose qui se partage (comme par exemple un bon moment). D'ailleurs le groupe avec qui j'étais est apparemment un groupe de personnes de situations très diverses (en particulier Katsunobu est le seul de l'université, ce qui lui vaut le droit d'être appelé "le professeur"), qui ne se rencontrent que deux ou trois fois par an lors d'occasions comme celle-ci. Et pourtant ils semblent tous se connaître très bien parce que, bien qu'ils ne se voient pas souvent, quand ils se voient ils ont vraiment l'occasion de partager beaucoup de choses.
En repartant je suis passé par le château, mais il n'y avait pas énormément de cerisiers dans la cour, donc rien de bien exceptionnel (mais ça fait toujours des jolies photos)

jeudi 12 avril 2012

Test de niveau

Comme une nouvelle année commence à l'université, des cours de japonais pour les étrangers sont proposés. Ces cours sont gratuits et ouverts à tous, mais ici ils ne font pas les choses à la légère.

Il y a cinq niveaux différents et il faut donc passer un test pour savoir à quel cours s'inscrire. Je suis donc allé passer le test vendredi dernier. Déjà, le test est obligatoire pour pouvoir assister aux cours. Pas question de débarquer deux semaines après le début en prétendant qu'on doit pouvoir aller dans le niveau 3, ça ne marche pas comme ça ici. Pas de test de niveau, pas de cours.
Le déroulement du test était également assez strict. Ça commençait par un bonne demi-heure d'instructions sur la façon de s'inscrire, les formulaires à remplir, le contenu des cours, etc. Le tout était d'abord expliqué en japonais, puis traduit en chinois et en anglais, ce qui était relativement inutile puisqu'ils nous avaient distribué une enveloppe contenant ces mêmes instructions dans les trois langues, et qu'ils se contentaient plus ou moins de lire ce qui était écrit (mais du coup ça a pris du temps).

Au moment de l'examen proprement dit, on ne plaisante pas non plus. Il faut éteindre tous les téléphones et autres appareils électroniques, tout ranger dans son sac à l'exception d'un crayon et d'une gomme (ou effaceur) et ne pas être plus de trois personnes par rangée (ce qui correspond à laisser au moins une place vide entre deux personnes). Tout ceci peut paraître normal pour un examen, mais je rappelle que là on est juste en train de faire un test de niveau pour savoir dans quel groupe s'inscrire pour un cours de langue dispensé gratuitement par l'université. Les enjeux ne sont pas vraiment monstrueux et pourtant les conditions y sont plus strictes que la plupart des examens auxquels j'ai assisté, à la fois en tant qu'étudiant et enseignant, où le règlement prévoit toutes ces contraintes mais elles ne sont pas vraiment appliquées à la lettre (le seul vraiment strict était le concours d'entrée à Polytechnique qui a un véritable enjeu et en plus est organisé par des militaires).

Le test s'est assez bien passé même si comme tout était uniquement en japonais (y compris les questions et les exemples) c'était assez fatiguant au bout d'un moment. Je me suis d'ailleurs arrêté vers la moitié, au moment où la prononciation des kanjis n'était plus indiquée, parce que ça marquait assez clairement le début des questions d'un niveau supérieur au mien.

Mon objectif était d'être classé dans le niveau 2, c'est-à-dire simplement d'éviter de tomber sur le groupe qui commence par apprendre à lire les kanas (d'ailleurs pour ceux de ce niveau, je suppose que le test était vite réglé vu qu'il n'y avait pas un mot en alphabet latin). Mon objectif a été atteint puisque les résultats, affichés lundi matin, me plaçaient bien dans le niveau 2 (il y avait d'ailleurs étrangement peu de monde dans le niveau 2 alors qu'il y en avait beaucoup dans les niveaux 1 et 3).

Toutefois, le test de niveau n'est qu'une première étape pour assister aux cours (qui, je le rappelle sont ouverts à tous sans aucune obligation). Une fois notre niveau déterminé, on a le droit d'assister aux différents cours (plusieurs créneaux horaires possibles pour chaque niveau) de notre niveau et du niveau supérieur. Sauf si on est niveau 1, auquel cas on n'a même pas le droit d'aller voir les gens super forts du niveau 2 (et sauf si on est niveau 5 puisqu'il n'y a plus rien au-dessus).

On doit alors remplir une feuille d'inscription en cochant le ou les cours auxquels on veut assister. Puis on doit aller à chacun de ces cours et obtenir une signature (ou un tampon) du professeur en question qui nous autorise alors à assister au cours (après avoir vérifié qu'on avait bien passé le test et qu'on avait un niveau approprié). Pas de signatures, pas d'inscription. Le formulaire d'inscription, dûment rempli et portant les signatures de tous les professeurs concernés, peut ensuite être rendu pour valider l'inscription.

Il y a un second test de niveau ce vendredi (une sorte de seconde session pour ceux qui auraient raté le premier). La date limite pour rendre le formulaire d'inscription est le 23 avril, c'est à dire une semaine après les résultats du second test, ce qui ne donne qu'une seule chance aux personnes passant la seconde session d'obtenir les précieuses signatures (que les profs donnent tout de même facilement, ils ne posent pas plein de questions pièges pour vérifier qu'on a bien le niveau).


Je suis allé à mon premier cours hier matin. Tout s'est bien passé, et le niveau est légèrement au dessus du mien, donc ça devrait me permettre de progresser (cela dit, il y a plusieurs autres élèves qui semblent être bien moins forts donc je suis à peu près à ma place). J'ai obtenu le tampon du professeur (du premier coup !) et donc mon formulaire est complet (si je le perds, je peux toujours aller en chercher un autre vendredi et obtenir un nouveau tampon la semaine prochaine...).
Il y avait plus de participants au cours de ce matin que de personnes placées au niveau 2 à la suite du test, ce qui m'a surpris puisque ceux du niveau 1 ne peuvent pas assister au cours.
Il s'est avéré que d'une part il y avait au moins une fille de niveau 3 qui était venue parce qu'elle considère que son niveau oral est trop bas. Le prof lui a alors dit d'aller d'abord voir au niveau 3 et de revenir uniquement si c'était trop difficile (moi je pense qu'elle ne va pas réussir à obtenir les signatures de tout le monde à temps si elle perd deux semaines à suivre des cours de niveau 3, c'est trop risqué...).
D'autre part, il y avait aussi dans le groupe plusieurs étudiants qui étaient apparemment déjà à l'université le semestre précédent (ou même avant) et qui avaient déjà validé le niveau 1. Ils étaient donc directement venus au cours du niveau 2. Taratata ! Sans test de niveau, point de cours. Le prof leur a donc dit de passer le test de ce vendredi pour confirmer leur niveau (on ne rigole vraiment pas avec ces choses-là).

Contrairement à ce que j'imaginais, le module est évalué. Il y a trois examens en cours de semestre qui comptent pour 60% de la note finale, le reste étant 20% de devoirs à la maison et 20% de présence et participation (parce que le prof fait l'appel au début de chaque cours, à l'aide de la liste des gens dont l'inscription a été validée par l'administration parce qu'ils ont passé le test et obtenu la signature).
Par contre, je ne sais pas quelle est la valeur de la note finale étant donné que, même en interne dans l'université, si on a validé un module on n'a pas automatiquement le droit de s'inscrire au suivant sans passer le test.

mercredi 11 avril 2012

Remise de diplômes

Il y a quelques semaines (mais je suis très en retard), il y a eu une cérémonie de remise des diplômes à l'université pour tous les étudiants d'informatique et électronique, ou plutôt ceux qui ont fini leur cursus universitaire (avec succès), soit environ 250 étudiants.

La cérémonie en elle-même n'avait pas un grand intérêt puisqu'elle ressemble à ce qu'on peut avoir chez nous (un discours du président de l'université, puis chaque directeur de département appelle chacun des étudiants pour lui remettre un diplôme). Par contre, ce qui est beaucoup mieux que chez nous, ce sont les tenues des filles. Si les garçons sont tous en costume occidental, la plupart des filles sont en robe traditionnelle, et ça c'est quand même beaucoup plus beau qu'un tailleur ! Il est donc regrettable que sur les 250 étudiants, il n'y ait pas plus d'une dizaine de filles (informatique et électronique oblige).
Voici quand même quelques photos (j'ai photographié toutes les filles en robe). Les photos sont de très mauvaise qualité parce que j'étais loin donc les images ne sont qu'une petite partie de la photo que j'ai coupée (et en plus la lumière n'était pas optimale pour un appareil photo de téléphone...). Mais ça permet quand même de se faire une idée des tenues.


Il n'y avait pas non plus beaucoup d'étrangers. Je n'ai repéré que deux étudiants visiblement non-japonais (il se peut qu'il y ait eu des chinois ou des coréens dans le lot), qui ont eu droit à deux diplômes : la version japonaise, comme tous les autres, et une version en anglais (c'est plus pratique quand on veut se faire recruter ailleurs qu'au Japon).

Il y a ensuite eu une séance de photos qui a duré aussi longtemps que la remise des diplômes proprement dite puisque chaque groupe (entre 3 et 20 étudiants) remontait sur l'estrade accompagné des professeurs pour que toutes les familles, amis et autres personnes puissent prendre des photos. Morita m'a alors demandé de monter avec eux donc j'y suis allé...
Je ne suis pas convaincu qu'il soit normal que j'apparaisse sur cette photo, mais comme la dernière fois que j'étais à une remise de diplômes je suis allé me faire remettre un petit chapeau de diplomé, j'ai serré la main et été félicité par le PDG de l'Oréal et j'étais aussi sur la photo de groupe alors que je n'étais pas du tout élève de l'école en question, on va dire que ce coup-ci c'est moins scandaleux.

Ensuite les élèves diplômés et les professeurs étaient invités à un buffet mais là par contre je n'ai pas pu m'incruster. Dommage parce qu'il y avait plein de trucs à manger qui avaient l'air très bons et qu'il y avait toujours les filles en kimono avec qui j'aurais pu essayer de discuter, en les complimentant sur leur tenue.

Toutefois, j'ai été invité à un dîner le soir avec le groupe de Morita (ceux de la photo). C'était très bon et ça m'a donné l'occasion de parler un peu avec certains étudiants (principalement en anglais, après qu'ils aient désigné celui qui se débrouillait le mieux pour servir d'interprète). Ce qui est un peu bête c'est de faire connaissance avec les étudiants à la fin de l'année. La semaine suivante il y avait un autre dîner cette fois pour faire connaissance avec les nouveaux étudiants. Mais comme les nouveaux sont très timides, je n'ai encore une fois parlé qu'avec ceux de la semaine précédente (donc les anciens qui s'en vont)...
Le second dîner était une grillade de viande et légumes, encore un genre d'okonomi yaki, mais sans crêpe (plus proche de ce que je prépare chez moi)

mardi 3 avril 2012

Le vent et la pluie

Depuis environ une semaine, le temps commençait enfin à devenir printanier avec un très beau ciel bleu et un soleil qui réchauffait bien quand on se promenait dehors.
Malheureusement, depuis hier, la pluie revient et surtout en ce moment c'est le vent qui s'est levé, vent qui n'a rien à envier au Mistral marseillais.
Du coup ça perturbe les cyclistes qui ont du mal à garder l'équilibre ou à avancer lors d'une grosse bourrasque, ce qui ne me concerne pas pour les raisons déjà racontées précédemment, même si quand on marche contre le vent on a parfois également beaucoup de mal à avancer.
Les vélos n'ont pas tenu le coup
Les japonais ont l'habitude de la pluie et il y a donc des parapluies un peu partout. Chacun en a un sur soi, le modèle le plus courant étant le parapluie à manche en plastique blanc et à toile en plastique transparent, qui a le double mérite d'être bon marché et de pouvoir être utilisé à vélo (ça demande une certaine technique mais ils arrivent à tenir le parapluie orienté vers l'avant d'une main tout en contrôlant le vélo de l'autre, et comme le parapluie est transparent, ils voient à peu près ce qu'il y a devant).
Devant tous les bâtiments il y a des emplacements pour y déposer les parapluies. Certains ont même des distributeurs de "housses" en plastique : on enfile le parapluie dans un sac en plastique spécialement fait pour et on détache le sac, ce qui permet éventuellement de prendre le parapluie à l'intérieur sans mettre de l'eau partout.
Comme trois parapluies sur quatre sont identiques (les fameux transparents à manche blanc), les "range-parapluies" ressemblent un peu à des bornes libre-service, et je soupçonne les japonais de piocher dedans quand ils en ont besoin et d'abandonner le parapluie à l'emplacement suivant quand il ne pleut plus (soupçon confirmé par la présence de parapluies restant abandonnés dans ces emplacements les jours de grand soleil).
Il y a donc très probablement un flux de parapluies à travers la population, chacun en rachetant un de temps en temps quand il en a vraiment besoin (pour participer au renouvellement des parapluies abîmés), et piochant dans le pot commun le reste du temps. D'ailleurs, comme en japonais "parapluie" se dit "kasa", le célèbre adage est tout à fait adapté ici : "Mi kasa es su kasa".

J'en profite également pour vous montrer le kanji représentant le parapluie, parce que pour une fois il est vraiment très explicite, quasiment un pictogramme :
Ce qui est amusant c'est que les quatre petits trucs à l'intérieur du caractère sont des caractères représentant l'homme, et donc sous le parapluie, ils arrivent à mettre 4 personnes !

Le vent, combiné à la pluie, complique énormément les choses puisqu'il rend les parapluies complètement inutilisables (j'aurais bien aimé voir un cycliste lutter contre le vent tout en tenant un parapluie ouvert devant lui, mais là ça relève du numéro de cirque). Exceptionnellement, on voit donc aujourd'hui des japonais courir d'abri en abri, en se couvrant tant bien que mal avec ce qu'ils ont sous la main (sac, journal, etc.).

Remarque : indiquez dans les commentaires si vous n'arrivez pas à voir le caractère chinois (celui du parapluie), parce que je pourrais avoir l'occasion d'en mettre d'autres donc ce serait mieux si les gens arrivaient à les voir (normalement l'encodage est bien déclaré mais on ne sait jamais).


Mise à jour : Après en avoir discuté avec un professeur ici, il semblerait que ce soit un typhon, ce qui n'est pas du tout normal à cette période de l'année, mais ça en a quand même toutes les caractéristiques comme l'indique cette alerte.
Toutefois, ceux qui ont suivi le blog précédent savent que de toute façon je ne crains rien parce que les typhons n'arrivent jamais jusqu'à moi...

vendredi 23 mars 2012

La science en japonais

Hier, Morita est passé me voir pour me présenter un exemplaire de son nouveau livre.
Il fait partie d'une série appelée "Natural Computing" (en anglais sur la couverture, mais également transcrit phonétiquement), et son livre concerne plus spécifiquement les modèles de calcul réversibles.

Ce que je trouve amusant en feuilletant ce livre, c'est qu'habituellement, quand on lit un livre ou un article scientifique sur un sujet qu'on connaît mal ou pas du tout, on est complètement perdu mais on reconnaît au moins les mots. On se dit qu'on comprend la syntaxe, les articulations de la phrase, mais qu'on ne voit pas du tout le véritable sens qui est derrière (j'ai le souvenir d'une introduction à un livre de relativité qui était hilarante à lire à voix haute tellement on croyait que c'était du jargon inventé pour être volontairement obscur).
Or quand je lis le livre de Morita, c'est l'inverse. En gros je connais déjà la plupart du contenu scientifique que j'ai déjà lu dans des articles en anglais ou vu dans des exposés, mais forcément c'est le japonais qui me bloque. Du coup j'arrive à voir de quoi parlent les pages qui ont des illustrations ou suffisamment de notation scientifique (ils utilisent les mêmes symboles que nous, ils mettent même des lettres grecques). À l'inverse, les pages de blabla introductif je n'y comprends rien...
Par contre, pour quelqu'un qui ne connaît ni le contenu scientifique ni la langue du texte, ça doit être du chinois !

lundi 19 mars 2012

Okonomiyaki et autres tambouilles

Comme ça fait trois semaines que je n'ai rien écrit, il est probablement temps que je remette un message avant qu'il ne reste plus personne du tout (ça va me permettre de repérer qui s'est inscrit au flux RSS ou à la notification par mail).

Je vais donc vous parler de cuisine. C'est un peu facile comme sujet mais c'est toujours intéressant et il faut bien que j'en parle un peu.
Tout d'abord, je signale pour ceux qui ne me connaissent pas (et je rappelle, pour les autres) que ma compétence en cuisine est assez limitée. En France, j'ai tendance à me nourrir (quand je suis chez moi) à base de produits prêts à être consommés tout de suite (fromages, saucisson, yaourts, etc.) ou sous la forme d'une grosse tambouille consistant en une base de pâtes (parfois du riz) à laquelle j'ajoute plein de choses (jambon, viande, sauce, moutarde, etc.) avant de tout mélanger dans un grand saladier. C'est très primitif, mais ça me convient bien : je trouve ça bon, c'est facile (et rapide) à préparer et on peut quand même varier en changeant les ingrédients.

Ici, tout est différent parce qu'il n'y a quasiment aucun des ingrédients que j'utilise habituellement donc j'ai dû m'adapter (ça faisait partie du plan initialement, évidemment, et je suis très content de manger plein de choses différentes ici que j'aime beaucoup). Je me nourris maintenant sur la base de quatre types de préparations (en plus des trucs tout prêts dont je ne vais pas parler).

1. Instant noodles

J'en ai déjà parlé plusieurs fois dans le blog précédent (il y a 5 ans) donc je ne vais pas revenir dessus. C'est quand même très pratique quand on a la flemme de préparer quelque chose (il suffit de faire bouillir de l'eau) donc c'est la solution de secours (je maintiens un stock en réserve).
Je précise tout de même que les japonais, non contents d'avoir inventé le produit, ont continué à améliorer le procédé ce qui leur permet maintenant de proposer un vaste choix de préparations sur le même principe (en général toujours une base de pâtes, mais par dessus on rajoute plein d'ingrédients présentés sous diverses formes dans des petits sachets à l'intérieur de la boîte). Du coup ce n'est pas trop répétitif.
Quoi qu'il en soit, ce n'est pas ce que je mange le plus, je vous rassure.

2. Norimaki (海苔巻き)

Comme tout le monde me demande si je mange beaucoup de sushis, je réponds que non, pas vraiment. En fait les sushis (et les préparations similaires) sont certes typiques du Japon mais pas le plat le plus courant (c'est un peu comme si on demandait à un espagnol si il mange des tapas à tous les repas). Par contre le riz oui, c'est fondamental et il y en a partout (c'est un peu l'équivalent du pain chez nous).
Toutefois, comme j'aime bien en manger et que ce n'est pas très compliqué à préparer, il m'arrive d'en faire :

Je triche d'ailleurs dans la préparation parce que j'ai acheté un petit moule cylindrique en plastique en deux morceaux dans lequel on peut placer un fond de riz, puis les ingrédients et recouvrir de riz le tout. Ensuite on appuie avec le couvercles (qui referme le cylindre et permet de faire un beau rouleau de riz garni. Il suffit ensuite de rouler ça dans de la feuille d'algue (nori) et de découper en rondelles. La méthode plus traditionnelle consiste à étaler le riz sur l'algue, placer la garniture et rouler le tout à l'aide d'une petite planche en lamelles de bambou tressé (ce qui la rend flexible dans une direction). Le résultat est le même.

En plus du riz et du nori, on peut mettre plein de choses dedans. Le jour de la photo j'avais mis de l'œuf en omelette, des miettes de crabe et quelques plantes (herbes, algues, etc. que je ne sais pas identifier en général). On peut bien sûr mettre du poisson (cru ou non), des mollusques (ils y a plein de choix de poulpe, calamar, seiche, etc.) et plein d'autres choses. Ensuite on met un peu de wasabi dans chaque rondelle et on trempe ça dans la sauce soja.
C'est simple et ça nourrit bien (on mange surtout du riz au final, mais on sent bien le goût de la garniture).

3. Viande sur riz

Ça ça n'a pas vraiment de nom. Je ne suis pas sûr que ça corresponde vraiment à une préparation japonaise, mais c'est par exemple la façon classique de présentation des anguilles (cf. par exemple unagi). L'idée est simplement de préparer un bol de riz et de poser dessus de la viande avec une sauce :

Ce n'est pas très visible sur les photos, mais le fond du bol contient en fait du riz blanc (bien tassé pour pouvoir le prendre par blocs avec les baguettes). Sur la photo de gauche, il y a des lamelles de viande de bœuf et du poulet (avec de la sauce à okonomiyaki) et sur celle de droite des morceaux de saumon et de l'omelette (c'était un peu brutal de mettre les deux à la fois...).

C'est très rapide à faire (et ça demande moins d'organisation que les rouleaux puisqu'on se contente de faire le riz et la viande et qu'on pose simplement les deux dans le bol). Quand on change les viandes et les sauces, ça change complètement le plat donc on peut essayer des choses très différentes (sans plus de préparation).

4. Okonomiyaki (お好み焼き)

Je ne sais plus si j'avais déjà parlé des okonomiyaki dans le blog précédent (je suppose que oui parce que j'en mangeais déjà beaucoup les autres fois, même si je n'en faisais pas moi-même). Le nom signifie littéralement "ce qu'on aime, grillé", ce qui décrit assez bien la chose, et illustre le degré de liberté qu'on a. Ça pourrait être comparé à une pizza en ce sens qu'on choisit complètement ce qu'on met dedans (d'ailleurs, comme dans une pizzeria, dans un restaurant d'okonomiyaki il y a des versions pré-composées qui portent un nom, et on peut ajouter des ingrédients pour personaliser).

Un "vrai" okonomiyaki, ça ressemble à ça :

c'est-à-dire qu'en fait ça ne ressemble pas à grand chose (vous pouvez vous faire une meilleure idée avec une recherche sur google images).

Tout se fait sur une grande plaque chauffante ("teppan", qui signifie littéralement "plaque de fer", qu'on retrouve dans "teppanyaki" qui, comme vous le savez maintenant si vous avez bien suivi le début de la leçon, signifie "grillé sur une plaque de fer"). On étale une sorte de pâte à crêpes pour faire le support, et on cuit séparément le corps du contenu (souvent du chou ou de l'oignon doux et des pâtes). Ensuite on ajoute ce qu'on veut mettre dedans (n'importe quel type de viande, légume, champignon, etc.) on tasse le tout sur la crêpe et souvent on rajoute un œuf dessus (cuit rapidement en omelette fine). On rajoute encore une couche de condiments dont j'ignore le nom (et la composition) et on met de la sauce. Il n'y en a pas sur celui de la photo, mais il y a souvent une "grille" de mayonaise et de sauce spéciale pour okonomiyaki (une sauce marron assez épaisse et un peu sucrée).

Évidemment, quand moi j'en fais chez moi je saute la moitié des étapes pour simplifier (et aussi parce que je n'ai pas la place de préparer les différentes parties séparément sur ma plaque qui n'est pas aussi grande que celle des restaurants). Déjà je n'ai pas de pâte à crêpes (je suppose qu'on peut en trouver déjà prête mais je n'en ai pas vu) donc je fais la base à l'œuf avec du fromage en tranches (je l'ai vu faire dans un restaurant, ça m'a plu) :

Ensuite je prépare le chou et les pâtes (l'avantage c'est qu'on trouve des sachets de pâtes encore un peu fraîches (par opposition aux pâtes complètement déshydratées) donc elles passent directement sur la plaque, sans avoir à les mettre dans de l'eau bouillante). J'ajoute les ingrédients supplémentaires (morceaux de poulet, ou de poisson, calamar, etc.), des plantes et champignons (que je ne sais toujours pas identifier). Je pose le tout sur l'œuf, je rajoute la sauce et la mayonnaise, et hop !
Forcément, ça ne ressemble à rien non plus (et vous me direz que ça ne ressemble même pas au modèle qui ne ressemblait à rien), mais je vous répondrai qu'on s'en fiche parce que c'est très bon (et que, au goût, c'est assez proche de ce que j'ai mangé dans les restaurants).

Ça demande un tout petit peu plus de préparation que les autres options, mais c'est assez marrant à faire, et c'est toujours intéressant d'essayer de mélanger plein d'ingrédients pour voir ce que ça va donner (surtout que souvent je ne sais même pas vraiment le goût qu'ont les ingrédients individuellement...). Et c'est quand même assez proche de mes tambouilles françaises, donc je retrouve mes habitudes !


Voilà, dans l'ensemble comment je me nourris chez moi. J'essaie quand même aussi d'aller souvent au restaurant, et le midi je déjeune à l'université donc ce n'est pas moi qui prépare (cela dit ce n'est pas très varié non plus au R.U., probablement moins que ce que je prépare).


Par ailleurs, puisqu'on est sur le thème de la nourriture, voici deux vidéos sur la restauration japonaise que j'aime beaucoup. Elles sont toutes les deux en japonais sous-titré anglais et la seconde est malheureusement de très mauvaise qualité vidéo, mais c'est tout ce que j'ai trouvé.