Jeudi dernier, j'ai appris par facebook qu'un ami (Daniel, pour ceux qui le connaissent) était au Japon pour quelques jours (je l'ai appris parce que, comme tout le monde en arrivant au Japon, il s'est empressé de poster une photo du tableau de contrôle des toilettes de sa chambre). Il était à Nagoya encore quelques jours puis il allait partir à Sapporo (tout au nord du Japon sur l'île d'Hokkaido). Comme je n'étais jamais allé à Nagoya, je me suis dit que c'était l'occasion et je suis allé y passer le week-end.
Pour info, Nagoya est la 4e ville la plus peuplée du Japon avec 2,2 millions d'habitants. Elle se trouve quelque part entre Osaka et Tokyo, à environ 450 km d'Hiroshima :
Il faut environ 2h30 pour y aller depuis Hiroshima en Shinkansen. Le Shinkansen c'est très confortable, très rapide et fréquent (on prend un billet et on attend le train suivant, comme un RER, sans trop se préoccuper des horaires). Le seul problème c'est que c'est un peu cher, là j'en ai eu pour 260 euros aller-retour.
Une fois à Nagoya, j'ai commencé par me promener dans les rues pour voir un peu l'atmosphère de la ville, que je j'ai trouvée assez agréable.
Au cours, du repas, alors que les serveuses se succédaient, toutes plus adorables les unes que les autres dans leurs tenues traditionnelles (il y a eu 7 ou 8 plats servis successivement pendant le repas, donc ça faisait beaucoup de passage), arrive une femme plus âgée qui se met à raconter plusieurs choses en japonais (donc principalement à nos hôtes qui comprenaient ce qu'elle disait). Puis elle nous regarde (nous autres français qui ne comprenions pas grand chose) avec un grand sourire, nous explique rapidement quelque chose en désignant un prospectus du restaurant posé sur la table puis nous demande avec insistance si nous avons bien compris. Il a alors fallu qu'un japonais de la table nous explique qu'elle était en train de se présenter en nous montrant qu'elle était sur la couverture dudit prospectus, chose dont elle était apparemment très fière.
Je suppose que c'était la patronne du restaurant mais elle n'a pas essayé de nous en dire plus. Elle a été très satisfaite une fois que nous l'avions finalement reconnue sur la photo. On a même découvert par la suite qu'elle était aussi sur les boîtes d'allumettes du restaurant. En sortant, elle nous a aussi montré une photo d'elle à côté de Stevie Wonder (accrochée dans l'entrée), la grande classe.
(le bonhomme à côté d'elle sur la boîte d'allumettes apparaît aussi à l'intérieur du prospectus, mais il n'est pas venu frimer lui...)
Le lendemain, j'avais encore toute la journée pour me promener donc j'ai décidé d'aller voir le château (toute ville japonaise qui se respecte a un château, donc c'est en général le premier truc que j'essaie d'aller voir, ça donne un élément de comparaison avec les autres villes). Le château de Nagoya est plutôt joli. Il a été initialement construit au XVIe siècle mais comme il est en bois (comme tous les châteaux japonais) il a plusieurs fois été endommagé au cours de son histoire, pour finalement être totalement détruit par les bombardements américains pendant la seconde guerre mondiale. Il a tout de même été partiellement reconstruit (en particulier le bâtiment principal) et le reste est encore en reconstruction.
La grande particularité de ce château, ce sont les deux statues dorées sur le toit qui représentent des shachihoko, démons au corps de dauphin et à la tête de tigre qui servent à protéger le château des incendies (mais pas des bombardements...). Ils étaient en bois entièrement recouverts d'or, et toute l'histoire du château semble axée sur les dauphins : l'origine de l'or donné par les différents seigneurs, les vols successifs d'écailles dorées, la refonte de l'or à différentes périodes de crise, etc. Finalement les dauphins d'origine ont eux aussi disparu dans les bombardements de la seconde guerre mais ils ont été refaits (je crois que les nouveaux sont aussi recouverts de véritables feuilles d'or).
On retrouve des représentations des dauphins un peu partout dans la ville, comme par exemple dans le métro :
En sortant du château, j'ai rencontré une seconde célébrité. Il se promenait dans la cour du château avec un groupe de fans qui le suivaient dans ses déplacements. J'ai d'abord cru que c'était un guide touristique, mais comme il était en tenue de samouraï je me suis dit que ce n'était pas un guide ordinaire.
Quand il m'a vu essayer de prendre une photo, il a commencé par prendre la pose, puis il est venu me voir (avec tous ses fans qui le suivaient toujours). Il m'a alors expliqué (en anglais) qu'il avait 450 ans et qu'il était le maître du château. Puis, en bonne célébrité japonaise de Nagoya, il m'a donné un autre prospectus avec sa photo en couverture.
Il est ensuite reparti discuter avec d'autres personnes dans la cour (il m'a beaucoup fait penser à mon beau-frère Robbie, qui ferait aussi un très bon samouraï).
En quittant le château, il était un peu trop tard pour aller visiter un autre lieu important donc je me suis promené sans but particulier dans la ville en attendant de rejoindre les autres.
Le soir, on est allé au karaoké. Les karaokés japonais n'ont pas grand chose à voir avec les soirées karaoké qu'on a dans les bars chez nous, c'est une véritable industrie. Dans les quartiers branchés du centre-ville, il y a plusieurs immeubles ne faisant que ça (certains les uns à côté des autres, ce qui a permis à notre hôte japonais d'essayer de négocier les prix en passant de l'un à l'autre pour voir les offres et contre-offres de chacun, mais sans grand succès). On réserve donc une salle en fonction du nombre de personnes qu'on est et on prend un forfait pour les boissons (on peut commander autant de boissons qu'on veut, mais comme ils mettent un peu de temps à les apporter on ne peut pas en abuser, j'ai quand même bu 5 umeshus pendant la soirée).
On se retrouve alors dans des couloirs étroits qui ressemblent à des couloirs de bateau avec des numéros sur chaque porte, et l'on entre dans la cabine où l'on peut chanter à tue-tête sans être entendu des voisins. Ils n'avaient pas de chanson en français, mais suffisamment de chansons en anglais pour qu'on puisse s'occuper. Tous les textes anglais sont sur-titrés en katakana (ce qui doit donner une prononciation assez intéressante quand ils lisent directement les kanas). Comme nous avions une étudiante chinoise avec nous, elle a même chanté en chinois alors qu'un japonais essayait de l'accompagner en lisant les kanas. Apparemment ce n'était pas une réussite esthétique, mais ça a bien amusé tout le monde (je dis "apparemment", parce que je suis incapable de juger la prononciation d'un japonais qui chante en chinois, mais j'imagine bien que pour une chinoise, ce soit assez douloureux à entendre).
Finalement, le lendemain, je suis allé voir le sanctuaire d'Atsuta, qui est apparemment très important. Il est dédié à Atsuta no Ōkami et à la déesse du soleil Amaterasu (pour ceux qui ont joué au jeu Ōkami, ce sont les personnages principaux du jeu). C'est dans le temple d'Atsuta que se trouve l'épée Kusanagi-no-Tsurugi qui est un des trois éléments du trésor impérial du Japon : l'épée, un miroir et une pierre précieuse, dont la légende prétend qu'ils ont été donnés au premier empereur par Amaterasu. Cela dit, l'épée (comme les deux autres artefacts) n'est pas montrée au public et seuls de très hauts prêtres et l'empereur les voient au moment du couronnement d'un nouvel empereur. Si ça se trouve, ça fait belle lurette qu'ils ont été perdus et personne n'est au courant.
Quoi qu'il en soit, le sanctuaire lui-même est intéressant, même si il ressemble à plusieurs autres que j'avais déjà vu. À un moment, je suis entré dans un bâtiment qui ressemblait à une salle d'exposition. Mais je ne savais pas dans quelle direction aller. J'ai donc décidé de suivre les autres personnes qui entraient. Ils sont partis dans un couloir, dans lequel des personnes à un bureau distribuaient des papiers. J'ai pris les papiers qu'on me tendait (intégralement en japonais donc sans grand intérêt pour moi actuellement) et j'ai suivi jusque dans la salle suivante. Là, pas de bol, je me suis retrouvé dans une salle de conférence. Comme je ne savais pas trop quoi faire je me suis assis au fond et j'ai attendu. Après un certain temps, ils ont fermé les portes de la salle (là j'espérais vraiment que ça n'allait pas durer trop longtemps) et un type est venu parler pendant une demi-heure. Je n'ai aucune idée du sujet de la conférence mais j'ai applaudi comme tout le monde à la fin et je suis ressorti. J'ai repensé à un ami qui avait débarqué dans une conférence en finnois à Turku en visitant une église... En sortant de la conférence, j'ai tout de même réussi à trouver l'entrée de la salle des expositions (que j'étais venu chercher initialement).
En allant vers le bâtiment principal, une dame m'a donné un plan du sanctuaire ainsi qu'un papier (en anglais) expliquant comment se purifier :
- aller vers le bassin ;
- en prenant une des louches en bois de la main droite, la remplir et verser la moitié de l'eau sur la main gauche pour la nettoyer ;
- prendre la louche dans la main gauche et verser le reste de l'eau sur la main droite ;
- re-remplir la louche d'eau et utiliser la moitié de l'eau pour se laver la bouche ;
- verser l'eau restante dans le bassin.
J'ai suivi les instructions à la lettre (les japonais autour de moi faisaient ça un peu plus vite en s'aspergeant rapidement les deux mains, et hop).
Ensuite je suis allé vers l'autel principal et j'ai fait comme indiqué sur le papier :
- jeter une pièce dans la boîte des offrandes (qui fait plein de bruit quand on lance une pièce qui rebondit de partout) ;
- s'incliner deux fois ;
- taper des mains deux fois ;
- s'incliner une fois.
Je suis allé voir les différents petits autels : celui de la déesse des maladies des yeux et de la peau, celui du dieu des dragons, celui du dieu de la sagesse, et évidemment celui d'Amaterasu. Finalement je suis allé voir le temple où l'on prie pour ne pas avoir d'accidents de la route (je suppose qu'il a changé de fonction au cours des siècles). Il y avait quelques voitures garées, et un prêtre en tenue de cérémonie, accompagné de deux assistantes en tenue également, qui agitait des bâtons en tournant autour des voitures. C'était très amusant, mais je n'ai pas pu filmer parce que j'étais un peu trop loin et le passage était barré (je suppose qu'il faut prendre rendez-vous avec le prêtre pour faire bénir sa voiture).
Après ça, je me suis promené une dernière fois dans la ville en rentrant à la gare à pied et j'ai pris le train pour rentrer à Hiroshima. En arrivant à Saijo, mon vélo n'était plus là où je l'avais laissé trois jours plus tôt sans l'attacher, ce qui répond à la question que l'on se posait à propos des vols de vélo. Il y a tout de même une possibilité que ce soit la police qui l'ait ramassé en le trouvant non attaché avec un anti-vol coupé et l'ait rapporté à la boutique, j'irai leur demander demain. Ce n'est pas bien grave.


Bref... Tu as perdu ton vélo! ;-)
RépondreSupprimerOui... L'aventure du vélo continue (je vous tiendrai au courant si je le retrouve).
SupprimerEn sous-titre du blog, tu aurais dû choisir : comme "Martine fait du vélo"...
RépondreSupprimerJ' ai aussi pensé à Robbie en voyant le prospectus des samouraïs.
Les châteaux étaient-ils des demeures seigneuriales ou gouvernementales (je ne sais pas si au XVIe s. le pays était déjà unifié) ?
Je crois qu'il y a les deux types de châteaux. Si j'ai bien compris celui de Nagoya avait initialement été construit par un seigneur local comme base d'opérations pour avancer un peu plus loin lors d'une campagne.
SupprimerMais par la suite, un des premiers chefs à unifier le Japon (je crois que ce n'était pas encore un empereur) a fait reconstruire le château au même emplacement pour en faire une capitale de la région. En particulier, les dauphins ont été financés par les différents seigneurs sur ordre de ce chef. Le château était donc plus administratif que résidentiel.
Je te confirme que la déesse Amaterasu est très importante.
RépondreSupprimerLa légende veut qu'elle soit à l'origine de la lignée impériale du Japon, ininterrompue depuis 2600 ans ! (tiens, le même âge que Marseille ;))
C'est ce que racontent le Kojiki et le Nihon Shoki qui ont été écrits au viii ème siècle de notre ère (Donc, il ne faut pas le répéter au japonais mais ils ont dû un peut s'arranger sur la lignée inimterrompue..).